La découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb mise à mal par de la verroterie européenne trouvée en Alaska


Ces perles de verre trouvées dans le nord de l’Alaska auraient été fabriquées à Venise, en Italie, vers 1400.

Utilisées depuis l’Antiquité pour la broderie, la bijouterie et la décoration intérieure, les perles de verre dites de « traite » ont longtemps servi de monnaie d’échange entre les continents. Le début de l’ère coloniale, notamment, a vu les Européens inonder les populations autochtones de ces « camelotes » ou « pacotilles » dévolues au troc.

Aujourd’hui, ces artefacts – dont certains furent utilisés en Afrique pour négocier des esclaves – livrent aux archéologues de précieux renseignements sur les anciennes routes commerciales. L’une d’elles reliait-elle, sur plus de 17 000 km, Venise à l’Amérique du Nord via la Sibérie, à une époque antérieure à la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb ?

Telle est la surprenante théorie proposée par une équipe américaine après l’exhumation de dix de ces « rocailles » sur trois sites d’occupation inupiaq du nord-ouest de l’Alaska. Dans la revue American Antiquity, Michael Kunz et Robin Mills, archéologues au Bureau of Land Management (Bureau de gestion du territoire) à Fairbanks (Alaska) racontent comment ils ont établi que ces petites perles bleues, identifiées comme provenant de l’atelier d’une guilde de marchands vénitiens, ont été apportées dans la région plusieurs années avant l’arrivée du navigateur génois (1492). Selon eux, l’unique façon d’expliquer comment, en l’absence de liaison transatlantique, elles ont pu parvenir à cet endroit est d’envisager qu’elles aient voyagé par voie terrestre et maritime à travers l’Asie et le détroit de Béring.

Entre les deux rives

L’hypothèse paraît d’autant plus audacieuse qu’elle concerne un territoire – le nord-ouest de l’Alaska – réputé être demeuré vierge de tout contact avec les Européens jusqu’à des périodes récentes. Les premières rencontres avec ses habitants, de langue inupiaq, remonteraient à 1818 seulement. Ces derniers n’étaient pas pour autant isolés.

« On sait qu’ils entretenaient des relations de l’autre côté du détroit de Béring, en Sibérie, avec les Tchouktches qui leur vendaient, en échange de graisse de baleine, des peaux de caribou et, occasionnellement, des objets issus de leur commerce avec les trappeurs russes installés sur le continent américain depuis la fin du XVIIIsiècle », explique Claire Alix, directrice du laboratoire archéologie des Amériques du CNRS et de l’université Paris-I.

Lire aussi Les humains ont peuplé l’Amérique du Nord beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait, affirment deux nouvelles études

Des Tchouktches, ou des représentants d’autres peuples sibériens, se seraient-ils faits livreurs de perles ? Celles-ci sont toutes semblables, laissant supposer qu’elles provenaient d’une seule et même cargaison. Et ont été découvertes avec divers bijoux en bronze, en fer et en cuivre sur les lieux de trois anciens habitats, placés le long d’une des routes coutumières reliant, du détroit de Béring à la mer de Beaufort, deux des importants centres de commerce inupiaqs.

Il vous reste 44.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: