La cryo-microscopie, miroir grossissant du décrochage de la recherche française


Le cryo-microscope Titan Krios, développé par Thermo Fisher Scientific, propriété du synchrotron européen, à Grenoble.

Cocorico ! Dans la revue Nature, une équipe française décrit la structure tridimensionnelle de l’incroyable machinerie moléculaire humaine de fabrication des protéines à partir des séquences génétiques, le ribosome. La forme, et donc le fonctionnement de cette grosse molécule de plus de 450 000 atomes, deviennent visibles, quasiment à l’atome près, soit des détails de 4 angström de large. Une première.

La prouesse a été permise grâce à un nouvel instrument d’imagerie révolutionnaire, le cryo-microscope électronique. Comme son nom l’indique, il bombarde d’un faisceau d’électrons intense des échantillons de protéines, virus et autres macromolécules pris dans de la glace à – 180 degrés Celsius. Les ondes électroniques, plus petites que les ondes visibles, révèlent alors la forme de l’objet dans ses moindres détails. La technique est plus simple que la méthode traditionnelle, consistant à fabriquer un cristal de molécules avant de l’illuminer de rayons X. « Le domaine de la biologie structurale a totalement basculé avec cette technique », salue Bruno Klaholz, directeur de recherche au CNRS au centre de biologie intégrative à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) de Strasbourg.

Hélas, ce chant du coq est peut-être un chant du cygne. Cet épisode glorieux remonte en effet à 2015, lorsque la France était pionnière en Europe de cette technique, célébrée par un prix Nobel de chimie en 2017 pour ses trois inventeurs (Jacques Dubochet, Joachim Frank et Richard Henderson). Mais depuis, le pays a décroché. Les chercheurs publics français ne disposent que de deux cryo-microscopes à haute résolution, celui de Strasbourg, installé en 2013 à l’IGBMC, et celui de Grenoble au synchrotron européen (ESRF), donc ouvert à toute l’Union européenne. L’armée en possède également un depuis 2017, ainsi que l’Institut Pasteur, à Paris.

30 appareils en Allemagne

L’Angleterre, qui n’en avait pas en 2014, en possède désormais plus de 20. Et l’Allemagne, au moins… 30, selon Wolfgang Baumeister, directeur de la biologie moléculaire structurale à l’Institut Max-Planck de biochimie à Martinsried (Bavière). « Je suis tout à fait conscient du fait que la France est très en retard et sous-financée à cet égard, et je sais que nos collègues là-bas se débattent », compatit le chercheur allemand. « Il y a la queue pour notre installation, témoigne Bruno Klaholz, par ailleurs coordinateur scientifique de l’infrastructure hébergeant l’instrument alsacien. Au moins deux à trois mois d’attente. On est débordé. »

Il vous reste 72.76% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: