« La crise du Covid-19 a pointé les fragilités de certaines démocraties »


Portrait de Philippe Kourilsky

Immunologiste, professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, Philippe Kourilsky a dirigé l’Institut Pasteur de 2000 à 2005. En 2010, il a fondé une association, Resolis, pour introduire davantage de méthode scientifique et d’efficacité dans l’action sociale de terrain, notamment dans l’énorme tissu associatif en France. Il revient sur la gestion de la crise due au nouveau coronavirus, alors qu’il alertait, dès 2015, de la probable survenue d’une telle pandémie.

Avez-vous été surpris par l’ampleur de cette pandémie ?

Oui. Pourtant, comme immunologiste et ancien directeur de l’Institut Pasteur, je n’aurais pas dû l’être. En 2002-2004, nous avions créé deux Instituts Pasteur en Asie, en Corée du Sud et en Chine (à Shanghaï), deux pays frappés par l’épidémie due au SARS-CoV, qui voulaient s’armer contre celles à venir. Je suis resté conscient du risque, avec les piqûres de rappel procurées par le MERS-CoV, un autre coronavirus qui a sévi en 2012 au Moyen-Orient, et surtout les épidémies d’Ebola qui, depuis 2014, ont durement touché l’Afrique de l’Ouest. En 2015, j’avais publié, avec Peter Piot, codécouvreur du virus Ebola, une tribune dans Le Monde, alertant sur la nécessité de nous préparer. Aucune de ces épidémies n’a gravement touché l’Occident, où, lorsque l’épidémie de Covid-19 est apparue en Chine, on s’est cru à l’abri. Sans aucune bonne raison. Nous voilà de nouveau « à la recherche du temps perdu » : c’était le titre de notre tribune dans Le Monde.

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Comment aurions-nous pu nous préparer ?

Nous plaidions pour une démarche « assurantielle » (qui est d’ailleurs au cœur du fonctionnement de notre système immunitaire), en faveur du développement de « présolutions » thérapeutiques et préventives qui permettraient d’accélérer la mise au point de traitements ou de vaccins, en cas d’épidémie émergente. Dans cette logique, on aurait pu développer des programmes de recherches beaucoup plus actifs sur la famille des coronavirus. Il aurait fallu une volonté internationale forte pour promouvoir des recherches préventives dans ce domaine.

Une des « présolutions » que vous préconisiez n’a-t-elle pas été développée à l’Institut Pasteur ?

En partie, avec la mise en place, par le chercheur Frédéric Tangy, de la « plate-forme vaccinale rougeole », que j’avais d’ailleurs soutenue il y a près de vingt ans. Son principe : le virus vaccinal de la rougeole, vivant mais atténué [non dangereux], sert ici de vecteur. Par génie génétique, on introduit dans son génome un fragment du génome de l’agent pathogène contre lequel on veut vacciner. Une fois dans l’organisme, ce virus recombinant fabrique le fragment [antigène] choisi, si bien que le système immunitaire déclenche une réponse protectrice.

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