La chute du nombre de détenus n’a pas résolu le problème des prisons surpeuplées


Le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, visite la prison de Fresnes, au sud de Paris, le 7 juillet.

La prison de Fleury-Mérogis, plus grand établissement pénitentiaire d’Europe, connaît aujourd’hui une situation totalement inédite. Elle jouit d’un taux d’occupation inférieur à 100 %, de 93,4 % précisément, à l’image de la conjoncture carcérale historique provoquée par la crise sanitaire. La maison d’arrêt de l’Essonne comptait 2 761 détenus au 1er juillet, bien loin du seuil de 4 000 dépassé à plusieurs reprises ces deux dernières années.

Pour éviter que les prisons deviennent autant de foyers de diffusion du coronavirus ou connaissent des troubles liés à la suspension des parloirs et des activités pendant le confinement, le gouvernement a orchestré une baisse du nombre de détenus. Les magistrats ont pu accorder des remises de peines exceptionnelles de deux mois et assigner à résidence des condamnés ayant un petit reliquat de peine. Avec le tarissement des entrées dû au quasi-arrêt des tribunaux, cela a fait baisser la population carcérale de 13 500 personnes en deux mois.

Au 1er juillet, les prisons françaises abritaient 58 695 personnes détenues, pour 60 592 places. Six mois après la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour des « traitements inhumains et dégradants », qualifiant la surpopulation carcérale de « phénomène structurel », l’administration pénitentiaire affiche un taux d’occupation de 97 %.

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Niveau « historiquement bas »

« Une chance historique », a dit Nicole Belloubet en laissant les clés du ministère de la justice le 7 juillet à Eric Dupond-Moretti. La ministre avait diffusé le 20 mai une circulaire appelant les magistrats à mener « une politique volontariste de régulation carcérale » afin d’éviter que les compteurs ne repartent trop rapidement à la hausse. « Avant de définir une politique, je veux observer l’évolution du nombre de détenus », a prudemment confié le nouveau garde des sceaux au Journal du dimanche le 19 juillet, même s’il a reconnu son niveau « historiquement bas ».

Les apparences sont trompeuses. Le problème des prisons surpeuplées n’est pas réglé. Derrière la moyenne nationale se cachent de nombreuses situations catastrophiques comme à la maison d’arrêt de Nîmes (Gard), 365 détenus pour 200 places. Non loin de là, dans l’Aude, la petite prison (64 places) de Carcassonne affiche un taux d’occupation de 208 % ! Aucune région n’est épargnée par ces concentrations pénitentiaires. Au total, un tiers des personnes incarcérées se trouve aujourd’hui dans des établissements surchargés au-delà de 120 % de leur capacité.

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