Jean-Philippe Lachaux, un chercheur concentré sur l’attention


Jean-Philippe Lachaux, le 20 janvier 2020.

Certains militent pour les droits de l’homme, d’autres pour la défense de l’environnement. Jean-Philippe Lachaux, lui, est un militant de l’attention. La cause pourrait sembler secondaire, elle est tout aussi essentielle.

Depuis quelques années, beaucoup alertent sur la crise de l’attention, menace en premier lieu pour les enfants et leurs apprentissages. En accusation : le temps croissant passé devant les écrans, et leurs offres pléthoriques de jeux, vidéos et applications diverses, qui accaparent et morcellent nos capacités de concentration. Mais là où le débat est souvent houleux entre « alarmistes » et « rassuristes », le chercheur en neurosciences cognitives à l’Inserm tranche par son attitude tranquille et ses messages rafraîchissants.

Les principaux ? L’attention, ça s’apprend. Comme les sciences ou la musique en somme. Ça s’apprend et ce n’est pas un effort pénible. Au contraire, il y a un vrai plaisir à être connecté à ce qu’on fait, et on en tire plus de satisfactions.

Facebook, sa guitare

A la diabolisation des géants du numérique, il préfère un taquin « à malin, malin et demi ». « En voulant capter notre attention et gagner beaucoup d’argent avec, ils nous ont aussi fourni des outils formidables. Ces outils, utilisons-les, mais sans leur donner notre attention comme ils l’attendent. C’est réalisable, surtout avec une éducation qui commence jeune », assure ce tout juste quinquagénaire à l’allure décontractée, montre connectée au poignet. Sans surprise, il n’est pas utilisateur des réseaux sociaux, mais avec trois enfants de 19, 16, et 9 ans, il est loin d’être déconnecté. Il avoue même un lien particulier avec Facebook. Oui Facebook, c’est sa guitare, ainsi nommée parce que le temps que les autres passent sur ce réseau, lui le consacre à cet instrument de musique, dont il a débuté la pratique il y a trois ans. Une envie. Un défi aussi : se prouver qu’à l’approche de la cinquantaine, on est peut-être un peu moins rapide qu’un jeune, mais on peut apprendre aussi vite, en compensant par la concentration.

Au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL), où il codirige l’équipe Eduwell, Jean-Philippe Lachaux a mis au point un test simple qui, en quelques minutes, permet d’évaluer le maintien de l’attention dans la durée, en faisant défiler des lettres sur un écran. « Le principe est de mesurer le temps de réaction pour une tâche répétitive, explique-t-il. Un cerveau bien concentré met en œuvre à chaque instant les processus cognitifs qui sont utiles à cette tâche, et seulement ceux-là. S’il commence à engager d’autres processus qui n’ont rien à voir, il se déconcentre et le temps de réaction augmente, il y a décrochage attentionnel. » En effectuant le test chez 7 000 personnes, le neuroscientifique a observé que la stabilité de l’attention augmente avec l’âge jusqu’à 25 ans, avant de redescendre un peu. Surtout, relève-t-il, les scores se répartissent selon une courbe en cloche, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’un côté une population normale, et de l’autre des sujets avec troubles de l’attention, c’est un continuum. Sa conclusion ? « Il faut s’occuper de tout le monde. »

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