« Je ne voulais pas qu’on devienne un théâtre fantôme »


La metteuse en scène Julie Deliquet, le 25 janvier 2019, à la Comédie-Française, à Paris.

Elle rêvait de faire du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) une « ruche » bourdonnante et joyeuse. L’épidémie de Covid-19 en a décidé autrement. Première femme à diriger, à tout juste 40 ans, ce centre dramatique national (CDN), fleuron de la décentralisation théâtrale à la française, Julie Deliquet a vécu un baptême du feu un peu particulier. « Le premier geste que j’ai eu à faire en prenant mes fonctions en mars 2020, c’est de fermer le théâtre », résume-t-elle sobrement.

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« Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai eu les mains dans le cambouis direct, s’amuse-t-elle. Je n’avais jamais dirigé de théâtre, j’ai vécu un apprentissage en accéléré. Comme les autres directeurs de CDN étaient eux aussi confrontés à une situation inédite, une grande solidarité s’est mise en place entre nous, qui a été très formatrice pour moi. Et solidarité, aussi, avec toutes les structures culturelles de Saint-Denis cinémas, musées, cirque… –, avec lesquelles nous nous sommes constitués en collectif. »

Le collectif, c’est la clé qui a permis à Julie Deliquet d’avancer et d’inventer, malgré tout, lors de cette année 2020 particulière où les théâtres n’ont pu ouvrir au public que deux mois à peine, en septembre et en octobre, avec toutes les conséquences, incalculables, que cela va entraîner pour la vie théâtrale française des années à venir. Et le collectif, Julie Deliquet connaît, elle qui a bâti son beau parcours artistique avec sa compagnie, In vitro, créée en 2004 et forte d’une quinzaine de membres.

Lire le portrait (en septembre 2016) : Julie Deliquet, le théâtre in vivo

« Je ne voulais pas qu’on devienne un théâtre fantôme », raconte la metteuse en scène, qui s’est retroussé les manches pour montrer du théâtre partout où c’était possible, dans tous les interstices autorisés malgré les interdictions et les règles en vigueur. Et le fait est qu’un an après le coup d’arrêt donné à la culture, le théâtre de Saint-Denis vit, autant qu’il se peut dans le contexte. Non seulement parce que des compagnies y répètent des spectacles. Mais aussi parce que l’institution a intensifié son travail avec le territoire, en multipliant les ateliers ou les représentations avec les établissements scolaires, les maisons de quartier, les centres pour la jeunesse, les Ehpad ou encore l’hôpital Delafontaine, avec qui le théâtre a noué un partenariat durable.

« Pleurer de rage et d’impuissance »

C’est ainsi qu’en cette journée de la mi-février une petite dizaine d’amateurs, venus avec les Petits Frères des pauvres et la Maison des seniors de Saint-Denis, se retrouvent dans une des salles du théâtre pour un atelier d’improvisation avec Jean-Christophe Laurier, un des acteurs de la compagnie In vitro. « Ces ateliers, c’est une soupape pour tout le monde, explique celui-ci. Aussi bien pour les comédiens, comme moi, qui sont privés de travail en ce moment, que pour les personnes qui y participent, et qui se retrouvent encore plus isolées que d’habitude. Le théâtre, c’est l’endroit du partage. On essaie de créer un espace d’intimité, de plaisir et d’évasion, loin du Covid, pour ces personnes qui ont un certain âge et sont déjà suffisamment dans l’angoisse de la maladie. »

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