« Je n’aurais jamais cru voir cela de mon vivant »


Arnaud Fontanet, directeur du departement de Sante globale, et de l’unite de recherche « epidemiologie des maladies emergentes » de l'Institut Pasteur dans son bureau a Paris. Le 24/01/2020 /// Arnaud Fontanet, director of the Epidemiology and emerging diseases unit of the Pasteur institute in Paris. On January 24, 2020 /// PHOTO Vincent Boisot VINCENT BOISOT/RIVA PRESS

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Publié aujourd’hui à 03h44

Longtemps médecin de terrain, à l’étranger et souvent dans des pays en guerre, Arnaud Fontanet dirige au sein de l’Institut Pasteur, à Paris, l’unité de recherche des maladies émergentes. Membre du conseil scientifique qui rend des avis à l’exécutif, cet épidémiologiste de 59 ans se consacre depuis des mois, comme ses collègues, à lutter contre le nouveau coronavirus.

Je ne serais pas arrivé là si…

… Si je n’avais pas choisi de faire mon service militaire, obligatoire à l’époque, avec Médecins sans frontières (MSF). Je terminais l’internat, avec une spécialisation en rhumatologie, et j’avais déjà eu quelques expériences à l’étranger. J’ai passé ces dix-huit mois à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, dans des camps de réfugiés. J’étais basé à Khao-I-Dang. Les Vietnamiens occupaient le Cambodge. Nous étions du côté thaï, à 20 km du front ; nous avions 150 lits de chirurgie avec la Croix-Rouge internationale et 150 lits de médecine générale, de pédiatrie, d’obstétrique.

C’était une guerre de l’ancien monde. Les Vietnamiens étaient soutenus par les Russes, Sihanouk et Son Sann par les Américains, les Khmers rouges par les Chinois. Avant d’attaquer, chaque camp demandait le feu vert de la puissance tutélaire et prévenait l’ennemi : « Demain, nous attaquons, ce serait bien qu’il n’y ait pas toutes ces ONG qui traînent. » Il y avait des affrontements, mais la situation était tout sauf anarchique. Cela permettait d’avoir de l’électricité, de l’oxygène, une banque de sang. On pouvait recevoir des patients un peu lourds.

J’étais responsable de la pédiatrie. En moins d’une semaine, un enfant atteint de paludisme qui arrive dans le coma peut se remettre à gambader avec de la quinine en intraveineuse et une poche de sang. Nous avions aussi des antibiotiques efficaces contre les infections respiratoires aiguës. C’était une expérience clinique très gratifiante et incomparable sur le plan humain.

Cette médecine de l’urgence vous a-t-elle appris autre chose ?

Assez vite, au-delà du médical, c’est toute la gestion d’un hôpital à laquelle il faut faire face, entre les personnels, les stocks de médicaments, de matériel… Après, le problème de la prévention s’impose à vous : les moustiquaires, l’eau potable, l’hygiène.

Cette idée ne me quittait plus, lorsque j’ai rencontré, à Bangkok, un grand biologiste d’Oxford, spécialiste de médecine tropicale, Nicholas White, venu animer un séminaire chez MSF sur le paludisme. Il racontait son travail à la frontière birmane et c’était fascinant. Je ne prétendais pas devenir Nick White, c’est un monstre de la recherche clinique, mais je voulais suivre une démarche similaire, alliant la recherche, le terrain, les résultats.

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