« J’ai trouvé ma voie dans la recherche, mais en dehors de l’université »


Voix d’orientation. Megda Bentout, 32 ans, a démarré une thèse d’anthropologie en 2015. Elle raconte ses déconvenues, qui l’ont poussée à poursuivre ses travaux en dehors de l’université, quitte à endosser de multiples casquettes.

Megda Bentout.

J’ai grandi en région parisienne dans une famille qui aimait débattre sur l’histoire, et où les études étaient valorisées. Un frère en école d’ingénieur, un autre en école de commerce. De mon côté, Sciences Po est apparu comme un bon choix, car je ne savais pas encore vers quelle voie me diriger. J’aimais apprendre, mais à ce moment-là je ne me disais pas qu’apprendre pouvait être un métier. Pendant ces études très stimulantes, j’ai commencé à interroger des doctorants sur le parcours de thèse. Beaucoup étaient en souffrance et me mettaient en garde, me conseillaient de bien réfléchir avant de me lancer dans cette voie.

Alors, à la sortie de mon master en affaires publiques à Sciences Po, j’ai choisi d’aller vers le secteur de la santé, dans l’espoir d’y trouver un emploi qui aurait du sens, tel que je recherchais. Mais mon poste de chargée des relations sociales à l’AP-HP se révèle loin de ces aspirations : une grosse administration, très lourde, où j’ai l’impression que mon travail n’a aucun impact et que ce que je produis a peu de valeur.

J’ai besoin d’être à nouveau stimulée intellectuellement et je repense au doctorat, qui m’attirait toujours. Je lâche mon job pour une année d’études arabes à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), où je nourris mon projet : me lancer dans une thèse d’anthropologie sur les oralités féminines en Afrique du Nord.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Chez les boursiers des grandes écoles, le poids des rencontres décisives

Solitude et précarité

Quand je commence à chercher des financements, on me dit alors de ne pas me faire d’illusions, que les contrats doctoraux sont rares dans ce domaine. En 2015, et comme beaucoup de doctorants [notamment en sciences humaines et sociales], je commence ma thèse à l’EHESS avec un emploi en parallèle : un job de consultante, qui me permet de payer les factures et les investissements qu’impose le doctorat : les déplacements, les livres à se procurer etc. Le rythme est harassant. Je sacrifie mes soirées, mes week-ends, mes vacances.

Très vite, je me confronte à l’intense solitude du doctorat. Difficile de trouver des espaces d’échange entre thésards, difficile aussi de partager ce qu’on fait avec un entourage qui ne le comprend pas tellement. Ma directrice de thèse, elle, est totalement absente. A l’instar de nombre de ses collègues, elle chapeaute déjà des dizaines d’autres doctorants, en plus de ses propres recherches. Je me rends compte que je vais devoir me passer d’accompagnement.

Il vous reste 58.05% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: