« Il existe trop de cas limites pour qu’on prétende avoir une définition stricte de la mort »


La mort reste un phénomène incompris, insaisissable et irrémédiable.

Aussi étrange que cela puisse paraître, les frontières de la mort restent mal définies. Et pour cause : depuis la « résurrection » d’une pendue en 1650 et les électrisations de cadavres menées par Galvani, elles n’ont cessé d’être repoussées.

Professeur de neurosciences à Sorbonne Université, Stéphane Charpier vient de publier La Science de la résurrection, chez Flammarion, un essai à la fois personnel et rigoureux sur le passage de la vie à la mort, l’histoire de la médecine et les exploits des « docteurs Frankenstein » qui se sont efforcés de repousser l’irrémédiable. Une passionnante épopée aux confins de l’existence.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la « résurrection » et à Frankenstein ?

Stéphane Charpier : Au début des années 2000, en préparant une conférence sur l’histoire des sciences, j’ai découvert les travaux de Giovanni Aldini. Ce savant est notamment connu pour avoir brièvement mis en mouvement des cadavres humains à l’aide de stimulations électriques au début du XIXe siècle. Des historiens envisagent que ses expériences auraient influencé Mary Shelley, l’autrice de Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), publié un peu plus tard.

Tout cela m’a beaucoup intéressé et est resté dans un coin de ma tête, sans que j’entreprenne un réel travail sur le sujet. Puis, en octobre 2008, j’ai subi un accident vasculaire cérébral qui aurait pu m’être fatal. Trois semaines de soins intensifs m’ont sauvé la vie et, durant ma convalescence, je me suis pris de passion pour le mythe de Frankenstein. Je dévorais toutes les éditions, les commentaires et analyses, sur ses sources scientifiques éventuelles notamment…

Très vite, je me suis plus généralement intéressé à l’histoire de la réanimation : aux progrès techniques associés, aux conceptions de la vie et de la mort sous-tendues, aux expériences de mort imminente, etc. Cet intérêt personnel s’est intriqué avec mes travaux de chercheur en neurosciences, puisque mon équipe et moi travaillons, entre autres, sur des ondes cérébrales associées à des états de mort ou de réanimation.

A quoi correspondent ces ondes dites « de la mort » et « de la réanimation » ?

L’activité électrique du cerveau peut être représentée sous forme d’ondes grâce à des techniques d’imagerie cérébrale : si vous dormez ou si vous êtes en train de travailler, par exemple, on n’observera pas les mêmes fréquences ni les mêmes oscillations.

« Une minute plus tard, une onde de grande amplitude faisait irruption. Baptisée “onde de la mort”, elle est assimilée à une sorte de chant du cygne du cerveau »

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