Huit heures sous l’évier, les frères Kouachi à côté, un récit en apnée


Deux faces d’une même terreur. L’une, vécue par un homme de 48 ans, chef d’entreprise, père de famille. L’autre, par un jeune homme de 26 ans, son employé depuis neuf ans, graphiste. C’était le 9 janvier 2015. Un matin ordinaire de vie ordinaire à l’imprimerie CTD à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Le café partagé. La perspective d’un déjeuner « tous ensemble » parce que c’était la coutume, à l’imprimerie, de fêter les anniversaires le vendredi et que Michel Catalano avait eu le sien le 7 janvier. L’échange sur le rendez-vous du jour : « J’attends Didier [Rousseau], il a une nouvelle machine à nous présenter. »

Justement, on sonne au portail de l’imprimerie. « Ça doit être Didier, ouvre », dit Michel Catalano. Lilian L. compose le code de l’interphone sans regarder. « Ben, il en met du temps pour arriver », s’étonne Michel en s’approchant de la baie vitrée. Deux hommes vêtus de noir et lourdement armés viennent d’entrer. Leurs noms, Cherif et Saïd Kouachi, sont sur toutes les chaînes, les ondes et les sites d’information depuis la tuerie dans les locaux de Charlie Hebdo et leur fuite au nord de Paris, deux jours plut tôt. Il est 8 h 35.

« Ce sont eux. Ils sont ici, souffle Michel.

– C’est une blague ? répond Lilian.

– Cache-toi et coupe ton portable. J’y vais. »

Leurs souvenirs communs s’arrêtent là. Michel Catalano raconte les siens, mercredi 16 septembre à la barre de la cour d’assises spéciale de Paris.

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« Je suis allé vers eux en espérant les ralentir. Pour moi, c’était la fin. Je pensais que j’allais mourir. Ils ont surgi dans l’escalier. »

« Il m’a parlé de Michel Onfray »

Le plus grand des deux, Cherif Kouachi, s’adresse à lui : « Vous me reconnaissez ?

– Oui.

– Vous avez une télé ? Une radio ?

– Non, une tablette. »

Il lui demande d’appeler les gendarmes. Michel Catalano compose le 17, met le haut-parleur. « Je suis pris en otage.

– Ils sont combien ? »

Cherif Kouachi lui fait des signes avec la main. « Plusieurs. » Il raccroche, propose de faire un café. « J’essayais toujours de les regarder dans les yeux. De rester le plus calme possible pour pas les énerver. Le plus grand s’est mis à côté de moi, il m’a dit qu’il était d’Al-Qaida, qu’il tuait pas les civils, ni les femmes et les enfants, il m’a parlé de Michel Onfray [le philosophe]. » A un moment, Saïd Kouachi pose sa kalachnikov. « Je l’ai regardée, et je me suis dit que, non, c’était pas la bonne solution pour sortir vivant. »

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