Hélène Martin, qui avait chanté les grands poètes, est morte


Hélène Martin, le 31 mai 2013, chez elle à Paris.

Voix chaude d’alto, regard bleu acier qui, en un éclair, passait de l’intransigeance à la malice, Hélène Martin, autrice-compositrice-interprète, appartenait à la génération des chanteurs, dits « rive gauche », celle de Jean Ferrat, d’Anne Sylvestre, de Guy Béart, Catherine Sauvage, Maurice Fanon ou Pierre Perret. Morte le 21 février, à l’âge de 92 ans, à Cordemais (Loire-Atlantique), elle fut une des premières à mettre en musique des poèmes d’Aragon, Audiberti, de Colette, Genet, Guillevic, Neruda, Queneau, Seghers, Soupault et Supervielle, qu’elle chanta d’abord sur les petites scènes de cabarets parisiens comme La Colombe ou Milord l’Arsouille.

Née le 10 décembre 1928, à Paris, fille d’un historien géographe, professeur à Sciences Po, Hélène Martin aurait pu se contenter d’une vie bourgeoise et intellectuelle au cœur du Quartier latin. C’était mal connaître cette jeune fille au caractère trempé chez qui pointait déjà l’engagement féministe, autre fil rouge d’une carrière bien remplie.

Compagne de route du Parti communiste, amie d’Aragon, elle participe activement au bouillonnement culturel qui suit Mai 68

Après des études aux Arts décoratifs, elle fréquente le cours Simon et tente une carrière de comédienne au théâtre, ce qui lui permet de côtoyer Michel Bouquet ou Jean Vilar. A partir de 1956, elle trouve sa véritable voie sur l’étroite scène de L’Ecluse (là où Barbara débutera également) en se donnant pour mission de mettre des mélodies sur les mots d’Arthur Rimbaud ou de François Villon. En 1962, Jean Genet l’autorise à adapter son texte Le condamné à mort, autour de l’exécution de Maurice Pilorge, en 1939, un assassin beau comme un Dieu. « Nous n’avons pas fini de nous parler d’amour/Nous n’avons pas fini de fumer nos Gitanes/On peut se demander pourquoi les cours condamnent/Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour », chante-t-elle d’une voix rauque, et c’est tout le tragique absurde de la guillotine qui sourde de son interprétation. Bien des années plus tard, en 1998, Etienne Daho, un de ses grands admirateurs, s’en souviendra en reprenant cette version avec Jeanne Moreau sur la scène de l’Odéon…

Ambassadrice d’une chanson ambitieuse et de qualité

L’irruption de la vague yéyé, au début des années 1960, ne correspond guère aux critères esthétiques de cette ambassadrice d’une chanson ambitieuse et de qualité. Heureusement, le théâtre lui permet de continuer à exercer son talent. Jean Vilar lui ouvre les portes du Festival d’Avignon en 1966 pour un spectacle, Terres mutilées, autour de textes de René Char, où elle est accompagnée par l’acteur Roger Blin, la chanteuse Francesca Solleville et le chanteur sénégalais Bachir Touré.

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