« Guilty Bystander » : un noir bien serré


Kay Medford et Zachary Scott dans « Guilty Bystander », de Joseph Lerner.

Les poubelles de l’histoire de l’art débordent d’objets hétéroclites. Il arrive que l’un d’entre eux, par un accident toujours un peu miraculeux, soit récupéré par un rat de cinémathèque, dépoussiéré, puis reconsidéré au titre de ce que trop peu de personnes avaient cru qu’il puisse être : un objet d’admiration. C’est exactement ce qui est arrivé à Guilty Bystander (« le spectateur coupable ») de Joseph Lerner. Petit noir bien serré, encore qu’entaché de bizarreries, le film a été tourné en seize millimètres à New York, où il a fait sa première le 20 avril 1950. Son héros, le détective Max Thursday, provient d’une série de polars signée Wade Miller, pseudonyme du duo Robert Wade et Bill Miller, basés à San Diego, dont Orson Welles adaptera également un roman pour La Soif du mal (1957).

Le détective Max Thursday provient d’une série de polars signée Wade Miller, pseudonyme du duo Robert Wade et Bill Miller

L’ouverture, à elle seule, témoigne des qualités du film. Un taxi dépose au crépuscule une fort belle femme – entre Faye Dunaway et Marthe Keller – devant le Riverview Hotel, un bouge mal famé où elle est mal accueillie par la tenancière, Smitty, une vieille sorcière qui tape le carton avec une volée de types louches. En fait Georgia – nom de la belle inconnue – vient voir en toute urgence son ex-mari, un ex-flic alcoolique que la vieille carne a engagé comme détective de l’hôtel, contre le gîte, le couvert et surtout quelques bouteilles d’alcool complaisamment fournies.

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Beaucoup d’« ex » donc pour Max Thursday, grand brun moustachu dont l’élégance naturelle tourne à l’état loqueteux alors qu’on le découvre, hâve et mal rasé, maillot de corps fripé, en train de cuver son alcool sur son lit. Il faudra pour le sortir de cet état un peu plus que le désespoir de la femme – « Je suis désespérée », « Et alors ? Le monde entier est désespéré ! » –, la disparition de leur petit garçon, Jeff, qui vient vraisemblablement d’être kidnappé. Puis il y a ce moment, monté du tréfonds poisseux du genre, cette idée cruelle autant que poignante : le père demande à son ex-femme une photo de leur fils, incertain de pouvoir le reconnaître.

Intrigue décousue

De tels auspices annoncent plusieurs enjeux. Celui de l’enquête proprement dite. Celui de la rédemption d’un homme brisé. Celui de la reconquête d’une famille. Autant dire la semaine des quatre jeudis pour Max, qui se révélera une sorte de Marlowe du pire. L’intrigue le brinquebale à hue et à dia, d’un médecin louche qui l’empoisonne et l’assomme à un commissariat où ses ex-collègues le méprisent, en passant par des truands qui lui mettent une prune alors qu’il touche au but. Qu’importe. On se fait rapidement à l’idée que ce marabout de ficelle qui engage en réalité un trafic de diamants s’obscurcit à mesure qu’on avance, et que l’essentiel est sans doute ailleurs.

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