Goodyear Amiens-Nord, dernier chapitre


L’avocat des anciens salariés de l’usine Goodyer à Amiens, Fiodor Rilov, devant le conseil de prud’hommes, le 28 janvier.

Cette fois, c’est un point final. Le conflit entre Goodyear et ses anciens salariés de l’usine d’Amiens-Nord, dont la fermeture, en 2014, avait entraîné la perte de 1 143 emplois, va s’éteindre dans les prochaines semaines, sans bruit. Un « protocole transactionnel » a, en effet, été trouvé entre Joël Granger, l’avocat du pneumaticien américain, et Fiodor Rilov, celui des ex-ouvriers. Il doit encore être validé par chacun des 840 anciens employés qui ont gagné devant le conseil de prud’hommes d’Amiens, le 28 mai 2020 : ce dernier avait reconnu l’absence de cause réelle et sérieuse de leur licenciement. Goodyear avait interjeté appel.

Lire le récit : Victoire des ex-salariés de Goodyear : « Ça a été long, fastidieux, violent, mais la lutte paye ! »

Ce protocole, exposé vendredi 31 juillet dans un parc d’Amiens à quelque 250 à 300 anciens de Goodyear, « a été accueilli favorablement », indique Mickaël Wamen, leur ancien leader de la CGT. « On a gagné le procès sur l’absence de motif économique, rappelle-t-il, mais le juge, prenant en compte le fait que des indemnités de licenciement conséquentes [autour de 50 000 euros en prime supra légales] avaient été négociées dans l’accord de fin de conflit en 2014, ne nous avait pas accordé toutes nos demandes. Et nous avions dit que nous nous irions jusqu’au bout. » Ce protocole, qui fixe à 20 000 euros le minimum du montant des indemnités, vient améliorer celles octroyées par le conseil de prud’hommes : la plupart des salariés licenciés ont obtenu entre 13 000 et 16 000 euros, d’autres s’étant vu allouer plus de 20 000 euros. Dans les prochains jours, ce protocole va donc être envoyé à chacun de ces 840 ex-salariés pour qu’ils le signent.

Une autre poursuite pour des produits nocifs

Les deux parties s’engagent à éteindre toutes les procédures en cours liées au licenciement économique. Il n’y aura donc pas de procès en appel. Contactée, la société n’a pas répondu.

En revanche, se poursuivent les procédures de 800 ex-salariés pour faire reconnaître que, selon eux, Goodyear les a exposés massivement, sans protection adéquate, à des produits phytosanitaires nocifs tels que les HAP/CMR (hydrocarbures aromatiques polycycliques/cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction), alors qu’il existait des produits de substitution. Certains ex-employés ont développé des cancers de la prostate, de la gorge, etc. Et plusieurs en sont morts.

On ne saura pas qui a initié ce protocole transactionnel, les avocats étant tenus au secret des négociations. Mais le fait que Goodyear le signe montre qu’il ne croit pas trop en ses chances de gagner en appel. Dans son jugement, le conseil de prud’hommes, réuni en formation de départage (avec un juge professionnel, les conseillers prud’homaux n’ayant pas pu se départager), avait mis en pièces l’argumentation du pneumaticien justifiant la fermeture de l’usine par une supposée nécessité de « sauvegarde de la compétitivité » du groupe dans les secteurs d’activité du site amiénois, les pneumatiques pour véhicules de tourisme et pour engins agricoles. Pour exemple, on peut y lire que « les pièces versées aux débats restent largement insuffisantes » pour conclure que l’endettement de l’entreprise rendrait impossible des investissements sans tailler dans les effectifs. En effet, malgré une dette décrite comme critique depuis le début des années 2000, l’américain a continué « d’investir chaque année entre 500 millions et un milliard de dollars [849 millions d’euros] ».

« C’est inespéré »

Selon M. Wamen, « Goodyear a sûrement eu peur de notre colère, de quelques actions éventuelles de notre part devant la Cour d’appel ». Les Goodyear ont montré à plusieurs reprises, au cours de ce combat initié en 2007 contre ce qui était présenté alors comme une réorganisation du travail en 4/8, qu’ils savaient se mobiliser. Ce projet de réorganisation a été le point de départ d’une intense lutte sociale et juridique, impulsée par une CGT ultra-majoritaire, qui va donc s’achever. « Dans cette période où on voit partout des licenciements, des situations où des entreprises utilisent l’argument du Covid-19 pour licencier en donnant le minimum aux salariés, voir Goodyear revenir pour négocier des primes, c’est inespéré, estime M. Wamen. C’est l’aboutissement de 13 années de lutte. » Et une « ultime réplique à tous ceux qui remettaient en cause la bataille des Goodyear », ajoute M. Rilov.

La situation actuelle des anciens salariés explique aussi le bon accueil fait à ce protocole lors de la réunion. « Environ 20 % d’entre eux ont retrouvé un travail stable, indique leur avocat. Les autres vont de petits boulots en petits boulots, avec des périodes intermédiaires extrêmement longues. Beaucoup se retrouvent en fin de droits ou au RSA. »

Lire l’enquête : Face à Goodyear, Sophie Rollet « seule contre tous »



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