Fonderie de Dunkerque : autopsie d’un montage financier


Des lingots d’aluminium à la fonderie de Dunkerque (Nord), en 2019.

La fonderie d’aluminium de Dunkerque (Nord) est une rareté en France : une usine bénéficiaire. « Contrairement aux copains de la Fonderie du Poitou, jusqu’ici on est à l’abri, car l’année dernière encore, on a fait 15 millions d’euros de bénéfices, alors que le cours de l’aluminium avait baissé et qu’il y avait le Covid », explique Laurent Geeraert, secrétaire CGT du comité social et économique de l’entreprise.

Le prix de ce métal a depuis rebondi et les chaînes tournent à plein régime. Pourtant, l’inquiétude domine chez les 630 employés. « On craint que nos investissements puissent être coupés cette année s’il faut de l’argent tout là-haut. »

« Là-haut », c’est le sommet d’une pyramide constituée de holdings imbriquées les unes dans les autres, de Dunkerque au Luxembourg, en passant par les Pays-Bas et Dubaï, quelques-unes des entreprises de la constellation GFG (Gupta Family Group) Alliance de l’homme d’affaires indo-britannique Sanjeev Gupta. Celui-ci se bat actuellement pour éviter la faillite qui menace depuis que son principal soutien financier, Greensill Capital, a déposé le bilan, le 8 mars. Depuis un mois, M. Gupta cherche désespérément des liquidités pour rester à flot.

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Le Monde a plongé dans le montage financier périlleux qui lui a permis de réaliser l’acquisition de la fonderie du Nord, en décembre 2018. Rien d’illégal, mais un risque important pour l’usine si le château de cartes finissait par s’effondrer. Un montage précaire, qui illustre les techniques de financement agressives utilisées systématiquement par M. Gupta pour bâtir à marche forcée un acteur incontournable de l’acier et de l’aluminium.

Enchevêtrement de holdings

Par où commencer ? La structure peut-être. Pour racheter Aluminium Dunkerque, ce n’est pas une filiale qui a été créée par GFG Alliance, mais un enchevêtrement de holdings, des sociétés s’emboîtant telles des poupées russes, aux noms si proches qu’on s’y perd vite. Tentons de cheminer ensemble. Tout en bas, Liberty Aluminium Dunkerque SAS (renommée depuis Alvance Aluminium Dunkerque) et sa petite sœur, Liberty Aluminium Service SAS, sises à Loon-Plage dans le Nord, là où se trouve l’usine.

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Ces deux entreprises – les seules à jouer un rôle opérationnel – sont détenues par Liberty Industries France, dont le siège est à Paris. Laquelle appartient à Liberty France Industries 2 SA, elle-même détenue par Liberty France Industries 1 SA, toutes deux enregistrées, elles, au Luxembourg. Celles-ci sont chapeautées par Liberty France Industries BV : cette holding est de droit néerlandais, mais elle a la particularité d’être gérée depuis Dubaï, où M. Gupta a ses habitudes, et où il se trouve depuis Noël 2020.

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