Evita, pasionaria du mouvement péroniste


En politique, être « la femme de » ne condamne pas forcément à demeurer dans l’ombre du grand homme. Ce statut peut même permettre d’exercer le pouvoir, voire de l’impulser, mais pour cela, il faut posséder l’aura et la ténacité d’une Eva Peron. Née dans une famille pauvre de la province de Buenos Aires, Maria Eva Duarte entame très jeune une carrière d’actrice, mais ce n’est pas une star.

Pour vivre, elle enchaîne les petits rôles et, quelquefois, pose pour des publicités où elle pousse l’audace à montrer une jambe nue. En 1944, lors d’un gala de bienfaisance organisé pour soutenir les victimes du tremblement de terre de San Juan, elle rencontre le colonel Juan Domingo Peron, secrétaire d’Etat au travail, plutôt progressiste sur le plan social. Ils se marient la même année, et Eva participe activement à la campagne de 1945 qui voit son époux accéder, début 1946, à la présidence de la République.

Archives : EVA DUARTE DE PERON épouse du président de la république Argentine

Eva devient alors Evita, et l’on ne voit qu’elle. Pasionaria du mouvement ouvrier, elle anime l’aile gauche du parti créé par son mari. Projet politique hybride, inclassable et avant tout pragmatique, le péronisme naissant n’éprouve aucune réticence à faire d’une femme son fer de lance. Surtout lorsqu’elle est belle sans être provocante, et que sa personnalité électrise les foules en prenant la défense du petit peuple, celui des « descaminados » (les « sans chemises ») exclus de la croissance économique dont bénéficie l’Argentine, restée à l’écart du conflit mondial.

Une Jackie Kennedy avant l’heure

En 1947, Evita lance une offensive de charme à destination de l’Europe, méfiante à l’endroit de ce pouvoir exercé par un militaire. Ce voyage destiné, dit-elle, à « jeter un arc-en-ciel » entre les deux continents, est un franc succès. Avec ses tailleurs moulants et ses coiffures Pompadour, la première dame incarne le soft power d’un pays en quête de reconnaissance. C’est Jackie Kennedy avant l’heure, en version latino et sociale-démocrate de choc.

A la Casa Rosada, Evita est devenue « sainte Evita ». Elle obtient le droit de vote pour les femmes, l’égalité juridique au sein du couple et crée une fondation qui distribue bourses d’étude et construit des foyers pour les anciens. Objet d’une dévotion débordante, l’ex-starlette porte désormais de sobres tailleurs gris et un strict chignon blond. Pressée, à l’approche des élections, de devenir vice-présidente – ce qui ne plaît pas à tout le monde au sein du parti péroniste, où l’on commence à s’inquiéter du soutien qu’elle apporte aux syndicats –, elle doit renoncer à cause de son état de santé.

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