« Etre auxiliaire de vie c’est aussi dur qu’être aide-soignante, nous aussi on a connu l’angoisse »


« Une aide-soignante à l’hôpital gagne 100 euros de plus qu’à domicile. Désormais, avec le Ségur, l’écart est de près de 300 euros », explique Xavier Coquibus, directeur général d’Eliad, un service d’aide et de soins à domicile.

Ophélie Marchal a vécu le confinement au volant, filant entre bourgs, villages, hameaux, tout autour de Baccarat (Meurthe-et-Moselle). « Je partais chaque matin avec la boule au ventre ; je pleurais parfois, j’étais mal à l’idée d’attraper le Covid, de le transmettre à mes résidents », dit-elle, à propos des personnes âgées isolées qui parfois n’ont eu que sa fugace visite pour les ravir à leur écran de télé. L’été, le week-end, la cadence s’est accélérée, faute de personnel. Elle a été parfois appelée pour onze visites dans la matinée – « douche, petit déjeuner, ménage compris » –, avec de longs trajets entre chaque et toujours « la peur d’être en retard ».

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« On a fait le boulot ! Du mieux qu’on a pu », proteste cette ex-auxiliaire de vie de 21 ans. Mais en août, elle a rompu son contrat, quitté l’ADMR – un réseau associatif de services à la personne – de Meurthe-et-Moselle pour entrer en école d’aides-soignants. En à peine deux ans de métier, il lui est rarement arrivé de gagner 1 000 euros à temps plein. Mais à l’hôpital, elle escompte un salaire d’aide-soignante de 1 700 euros, sans avoir la fatigue de la route l’hiver, ni les journées aux emplois du temps « coupés ».

« On fait les mêmes gestes, les mêmes tâches »

« Ce n’est pas l’argent qui a motivé mon départ », promet-elle ; mais l’envie de « travailler en structure ». Pourtant, une « injustice honteuse, pas normale », l’a incitée à sauter le pas. Apprendre que seules les aides-soignantes à l’hôpital ou en maison de retraite auraient 183 euros d’augmentation grâce au Ségur de la santé l’a indignée : « Etre auxiliaire de vie est aussi dur que d’être aide-soignante. On fait les mêmes gestes, les mêmes tâches. Nous aussi, on a connu l’angoisse. »

Vers un « siphonnage de nos troupes »

Comme elle, une petite dizaine d’aides à domicile ont démissionné de l’ADMR du département pour devenir aides-soignantes, avec l’espoir d’entrer dans un établissement. « Ce n’est pas énorme, sur plus d’un millier de salariés », relativise Jean-Marc Lucien, directeur départemental de l’association. Mais « si l’Etat continue à ne pas revaloriser les métiers du médico-social en même temps que ceux du sanitaire, on va vers un siphonnage de nos troupes, s’inquiète-t-il. Et on continuera de se disputer un vivier de personnel qui se réduit chaque année entre hôpital, Ehpad et domicile. »

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