et le réalisme changea de camp


Le Monde d’après Zemanek / BPI / Icon Sport

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Publié aujourd’hui à 06h00

Pour eux, il s’agit d’abord d’une demi-finale à gagner contre les champions du monde en titre. Séville 1982… vous êtes bien gentils avec vos souvenirs d’anciens combattants contre ces méchants Allemands, mais cela parle autant à ces jeunes adultes que la débâcle de Sedan en 1870 ! Pas un Bleu n’était encore né ce 8 juillet 1982, à l’exception d’un Patrice Evra encore peu à l’aise en station debout du haut de ses 14 mois. Et puis, même ce pauvre Patrick Battiston fatigue à narrer sa rencontre avec le genou levé de Harald Schumacher.

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Face à cette nouvelle vague de nostalgie, comme en 2014 avant le quart de finale perdu de Coupe du monde au Brésil, certains demandent à changer de disque. « Lâchez-nous avec Séville, enjoint Libération dans un billet énervé, ce 7 juillet 2016. Lâchez-nous avec les poncifs les plus éculés. Non, les Allemands ne sont pas des casques à pointe. »

Oui, mais la Mannschaft n’est pas non plus un adversaire comme un autre. Même ignorée dans ses détails, l’histoire infuse toujours les têtes et les maillots, en football, ont aussi un poids. Qu’on le veuille ou non, l’Allemagne c’est autre chose que l’Islande, révélation de cet Euro, balayée au tour précédent par les Français (5-2).

En terminant premiers de leur groupe, les hommes de Didier Deschamps se sont ouvert la route vers une demi-finale à Marseille, comme la génération Platini trente-deux ans plus tôt face au Portugal. Un heureux présage. Organiser un tournoi offre quelques privilèges. Comme en 1984, le Vélodrome bouillonne et reprend La Marseillaise comme un seul homme, moins les 20 000 supporteurs allemands, pas en reste pour pousser les décibels.

Une main qui change tout

Cette demi-finale, quoi qu’on en dise, vaudra beaucoup par son atmosphère et son importance historique. La France ne bat pas tous les jours l’Allemagne en match officiel. La dernière victoire remonte à 1958 et une petite finale de Coupe du monde (6-3) ; presque un match pour du beurre. Sauf pour Just Fontaine, auteur d’un quadruplé, qui lui permet de figer son record de buts – promis à l’éternité – dans cette compétition à treize unités.

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Pas de score de tennis cette fois. Au terme d’un match intense, à défaut d’être spectaculaire, la France élimine une Allemagne (2-0) qui pense pourtant avoir dominé les débats. Comme les Belges versus les Bleus deux ans plus tard en Russie, la Maanschaft a tenu le ballon avec 65 % de possession. Et comme le gardien belge Thibaut Courtois en 2018, Joachim Löw, le sélectionneur allemand – fort de cette statistique – a estimé que le meilleur n’avait pas gagné. « En 2008, 2010 ou 2012, on a perdu contre des équipes plus fortes que nous mais ce n’était pas le cas ce soir », déclare-t-il.

Peut-être. Mais les Bleus dévoilent à Marseille une qualité qui va s’avérer décisive dans leur glorieuse campagne de Russie, en 2018 : celle de donner à l’adversaire l’illusion de dominer, mais en lui concédant peu d’occasions. Et il y a ces fameux détails.

Ceux qui changent votre destin, comme ce bras de Bastian Schweinsteiger contrant le ballon repris de la tête par Patrice Evra en toute fin de première mi-temps. Tout est question de hasard parfois (le défenseur ne montait presque jamais sur corner) et d’interprétation, celle d’un arbitre italien, M. Rizzolli, qui indique le point de penalty (à la surprise même des Français) quand d’autres auraient passé l’éponge.

« On n’a pas fait exprès de leur laisser le ballon »

Froid comme la justice, Antoine Griezmann exécute la sanction. « Grizou », qu’on a dit hors de forme, peu inspiré en début de tournoi, tout ça à cause d’une première ratée contre la Roumanie. Depuis, l’attaquant de l’Atletico Madrid a pris le relais d’un Dimitri Payet en lévitation lors du premier tour.

Décisif contre l’Irlande et l’Islande, il est l’homme qui tombe à pic. Comme lorsqu’il s’agit de pousser au fond des filets un ballon mal repoussé du poing par Manuel Neuer après un centre de Paul Pogba, précédé d’un passement de jambes digne du Bolchoï.

Antoine Griezmann, le 7 juillet 2016, à Marseille.

A 2-0, l’affaire est pliée. Les Allemands ont la domination trop stérile. « Non, on n’a pas fait exprès de leur laisser le ballon, reconnaît l’attaquant André-Pierre Gignac entré en fin de match pour jouer les premiers défenseurs. Dans les enchaînements techniques, leur façon de jouer dans les intervalles, ils sont tellement forts que tu es obligé de leur laisser le ballon. »

Bon prince, Löw reconnaît les mérites des Bleus, dont la résilience doublée d’un froid réalisme fait aussi les grandes équipes. « Je pense que la France l’emportera face au Portugal », s’aventure-t-il. Mais un certain Eder s’apprête à venger tout un pays des souvenirs douloureux des éliminations de 1984, 2000 et 2006 par la France. En cette semaine de juillet 2016, l’heure est bien à solder ses comptes avec les fantômes du passé.

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