entre gommettes et éprouvettes, comment se déroulent les tests à Roissy


Un soignant effectue un prélèvement nasal à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, samedi 1er août.

La mine fatiguée, en plein décalage horaire. Les personnes qui débarquent du vol Detroit-Paris, aux alentours de 8 heures ce mercredi 5 août, ressemblent à n’importe quel voyageur. Mais, crise sanitaire oblige, certains d’entre eux vont être soumis à des tests de dépistage du Covid-19 dès leur sortie de l’avion, à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Annoncé par le premier ministre, Jean Castex, vendredi 24 juillet et effectif depuis samedi 1er août, ce dispositif teste entre 500 et 1 000 personnes par jour.

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Le dépistage est obligatoire pour toutes les personnes issues des pays classés « rouges », au nombre de seize pour l’instant : Afrique du Sud, Algérie, Bahreïn, Brésil, Emirats arabes unis, Etats-Unis, Inde, Israël, Koweït, Madagascar, Oman, Panama, Pérou, Qatar, Serbie et Turquie. Les frontières avec ces Etats étant fermées, seuls les Français ou les personnes justifiant d’une résidence dans l’Hexagone sont autorisés à atterrir sur le territoire.

Les passagers du vol Detroit-Paris doivent donc passer par la case dépistage, ou bien justifier d’un test négatif réalisé moins de soixante-douze heures avant leur vol, comme l’exige le ministère de l’intérieur. Chacun adopte une stratégie différente. Il y a les prévoyants, comme Anastasia (les personnes dont seul le prénom apparaît n’ont pas souhaité donner leur nom), qui réside à Washington. Elle et son compagnon sont parvenus à se faire tester avant d’embarquer : « Nous savions qu’il fallait justifier d’un test à l’aéroport, explique-t-elle. Mais aux Etats-unis, avec le système de santé qui est très complexe, c’était difficile d’y accéder. Nous avons donc anticipé, pour être sûrs d’être dépistés juste avant de partir. »

« C’est normal de le faire »

Caroline Levet, elle, vit en Floride avec sa fille. Elles viennent rendre visite à leur famille. « Les centres de dépistage étaient fermés le week-end. Comme les délais de validité exigés sont très courts, nous avons dû décaler notre vol », regrette-t-elle.

Malgré cela, impossible de se faire dépister dans leur pays de départ. Mère et fille sont donc invitées à suivre une file de passagers dans le même cas, comme Pierre, qui arrive de Bombay, en Inde. Sachant qu’il pouvait effectuer la démarche à Paris, il a préféré s’éviter des complications : « C’était plus simple et gratuit, résume-t-il. C’est normal de le faire, si cela n’avait pas été possible et obligatoire en France, je l’aurais fait avant. »

Dès leur arrivée, les voyageurs sont séparés en deux files. D’un côté, les passagers munis d’un résultat négatif : les agents de l’aéroport de Roissy collent une gommette verte sur leur passeport, ils peuvent alors passer le poste-frontière. De l’autre, les personnes qui devront se faire tester. « Nous essayons de ralentir le moins possible le déplacement des passagers dans l’aéroport », explique Raphaël Taravella, coordinateur régional du contrôle sanitaire aux frontières.

Une réponse sous 48 heures

Une fois ce premier tri effectué, ceux dépourvus de test sont dirigés vers un circuit qui les mènera jusqu’aux box de prélèvement. Ils doivent d’abord remplir un formulaire. « On nous demande de renseigner nos nom, prénom, adresse et numéro de Sécurité sociale, ainsi que notre numéro de vol », énumère Magalie, rentrée de Miami avec son compagnon et sa fille. Ces informations sont nécessaires pour pouvoir consulter les résultats, par SMS ou en ligne. Les formulaires sont ensuite transmis à des agents de la protection civile, qui scannent les passeports. Les papiers se voient attribuer une gommette bleue.

Les voyageurs accèdent finalement à la salle de prélèvement, divisée en dix box. « Je vais vous introduire quelque chose dans le nez », prévient Sophie avant de tester un patient. En combinaison blanche, masquée, une charlotte sur la tête et équipée de gants qu’elle change à chaque prélèvement, cette étudiante infirmière s’est portée volontaire pour effectuer les dépistages.

« Je trouve cela important d’apporter mon aide », estime-t-elle. Les tests étant de type PCR, les prélèvements se font par voie nasale, à l’aide d’une longue tige. Celle-ci est ensuite placée dans une éprouvette, arborant un code-barres, le même que celui du formulaire rempli et fourni par le patient à son arrivée dans la salle de prélèvement. Il permettra au laboratoire d’analyse d’identifier chaque patient et d’envoyer les résultats correspondants.

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Le délai d’attente s’étire au maximum jusqu’à quarante-huit heures. « Nous conseillons aux passagers de rester chez eux jusqu’au résultat de l’analyse », indique François-Xavier Volot-Delaunay, directeur général adjoint de la protection civile.

« Casser les chaînes de transmission »

En cas de résultat positif, les porteurs du virus sont invités à entrer en quarantaine. Mais rien ne les y oblige. Des personnes infectées peuvent donc circuler sur le territoire sans craindre de poursuites. Seul un refus d’effectuer un test mène à une mise en quarantaine forcée, ordonnée par arrêté préfectoral. Chacun reste donc responsable de ses actes, une fois sur le sol français. « Notre objectif, avec ces tests, est de casser les chaînes de transmission le plus vite possible », explique l’Agence régionale de santé (ARS).

De plus en plus de pays classés « rouges », comme le Panama, Bahreïn ou les Emirats arabes unis obligent les voyageurs à se faire tester sur leur propre territoire, dans l’aéroport de départ. Néanmoins, d’autres Etats de cette même liste n’ayant pas les moyens de mettre en place des dépistages massifs et fiables, la France entend conserver les structures de test PCR dans ses propres aéroports.

Ces derniers sont mobilisés pour limiter la propagation du virus depuis janvier, quand les voyageurs en provenance de certaines provinces de Chine étaient invités à faire prendre leur température. « J’ai l’impression que c’était il y a mille ans ! », note un agent. Aujourd’hui, l’ARS et l’ensemble du personnel des aéroports gardent un œil sur la liste des pays classés « rouges », évolutive. Alors que des médecins émettaient récemment des inquiétudes sur la sécurité sanitaire dans ces lieux de transit, la vigilance reste, en effet, plus que jamais de mise.

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