« En ville, le glanage soulève la question des alternatives au système agroalimentaire conventionnel »


Dans le 19e arrondissement de Paris, le restaurant solidaire antigaspillage Freengan Pony (ici en 2016) sert des plats végétariens à un petit prix car mitonnés à partir d’invendus récupérés au marché de Rungis.

Tribune. Selon une étude de l’Observatoire des pratiques de consommation émergentes (Obsoco) parue il y a quelques années, le glanage concernerait plus de 20 % des Français. Aux Etats-Unis, près de 500 espèces de fruits, noix, baies et feuilles sont régulièrement consommées par les habitants de Seattle qui pratiquent la cueillette tandis qu’à San Francisco, des « guerillas grafters » greffent illégalement des tiges d’arbres fruitiers dans les quartiers populaires avec l’objectif d’offrir des fruits gratuitement aux citadins. Certains adeptes du « freeganisme », une idéologie anticapitaliste qui se traduit notamment par la volonté de réduire de manière drastique ses déchets et de minimiser son empreinte écologique, ne se nourrissent quasiment plus que d’aliments de « récup’».

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A l’origine, le glanage consiste à ramasser dans un champ la partie de la récolte qui n’a pas été collectée et qui reste à même le sol, comme les pommes de terre ou les céréales. Aujourd’hui, le terme est aussi utilisé pour désigner la récupération de la nourriture abandonnée à la fin des marchés, dans les poubelles ou les conteneurs des supermarchés. On parle de grappillage lorsqu’il s’agit de ramasser ce qui reste sur les arbres fruitiers ou les ceps de vigne, et de cueillette pour la récolte de champignons ou de plantes. Autant de pratiques de l’espace discrètes voire dissimulées, dont on sait finalement peu de choses : comment rendre compte de ces gestes furtifs accomplis le plus souvent dans les interstices de nos villes ?

Glaner au temps de l’anthropocène

« Glaner » vient du terme « glander », ou aller à la glandée, soit faire paître des porcs en forêt à la recherche de glands. Le « droit de glanage », tout comme le droit d’affouage (coupe du bois communal), de cueillette ou de pâturage, est un droit d’usage profondément ancré dans les espaces ruraux occidentaux depuis le Moyen Age. Immortalisée par le peintre Jean-François Millet (Des glaneuses, 1857) comme une pratique caractéristique de la petite paysannerie, elle a investi les espaces urbains au cours du XXe siècle, en temps de guerre ou de précarité. Ainsi, pendant le siège de Sarajevo, entre 1992 et 1995, plusieurs centaines de milliers d’habitants piégés dans l’enceinte de la ville ont consommé près d’une centaine d’espèces de plantes sauvages et de champignons.

Sous l’effet de l’accroissement des inégalités sociospatiales et des problèmes d’insécurité alimentaire ces quarante dernières années, les populations urbaines les plus précaires ont redécouvert des pratiques de glanage, comme le montre Agnès Varda dans son film Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), qui se déroule notamment en région parisienne.

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