« En courant après un modèle de perfection, les parents creusent leur propre tombe »


Isabelle Roskam, à Louvain-la-Neuve, en Belgique, en mai 2016.

Lorsque Isabelle Roskam ouvre la ligne d’urgence SOS Parents durant le premier confinement belge, elle ne s’attend pas à recevoir autant d’appels : plus de 700 en deux mois et demi. La spécialiste de la parentalité, chercheuse et professeure en psychologie à l’Université catholique de Louvain (Belgique), alerte sur la souffrance des familles. Privés de soutien, d’école ou de crèche, des parents inquiets cumulent le télétravail avec les rôles d’enseignant et d’animateur à temps plein, tout en gérant l’intendance familiale. C’est une épreuve, et certains s’effondrent. Ainsi, la pandémie de Covid-19 exacerbe un mal tabou : le burn-out parental. Ce syndrome d’épuisement propre aux parents préexiste à la crise, mais il serait en légère hausse en 2020, d’après une étude en cours sur 25 pays (en ­Europe, Asie, Amérique et Océanie), à l’initiative du Consortium international de recherche sur le burn-out parental (IIPB) codirigé par ­Isabelle ­Roskam et Moïra Mikolajczak.

Comment vous êtes-vous intéressée au burn-out parental ?

L’idée est née d’une discussion informelle avec ma collègue Moïra Mikolajczak, professeure en psychologie spécialisée dans la gestion du stress et les émotions. Ses difficultés personnelles en tant que parent évoquaient le burn-out professionnel. Existait-il une version parentale du syndrome ? Personne n’en parlait. Pourtant, depuis les années 2010, je remarquais une évolution dans mes consultations psychologiques : des parents venaient non pas pour leurs enfants, en pleine forme, mais parce qu’eux-mêmes se sentaient mal.

Dans la littérature scientifique, la notion de burn-out parental est apparue dans les années 1980. En 1983, deux chercheurs ont appliqué le concept de burn-out à la parentalité. Ensuite, les études sont restées rares, plusieurs se focalisant sur des parents d’enfants gravement malades. Nous avons fait l’hypothèse que le burn-out parental ne se limitait pas à ces cas extrêmes. Lors d’une étude préliminaire, nous avons reçu des messages bouleversants de parents nous remerciant d’avoir mis un mot sur leurs problèmes. Le concept faisait sens et tout restait à faire, alors nous avons décidé en 2015 de démarrer nos recherches sur le burn-out parental.

En quoi se distingue-t-il de la dépression ou du burn-out professionnel ?

La dépression affecte toutes les sphères de la vie, tandis que le burn-out est un trouble du stress spécifique à un contexte, professionnel ou familial. Le burn-out parental n’implique pas de mal-être au travail, au contraire : certains s’y investissent pour éviter la famille. Nous avons transposé à la parentalité les trois dimensions du burn-out professionnel, selon le modèle de Maslach : épuisement, dépersonnalisation et perte d’accomplissement. Une facette essentielle ressort : l’épuisement physique et émotionnel. Le parent touché n’a plus d’énergie pour s’occuper de ses enfants. En revanche, nous n’avons pas retrouvé de dépersonnalisation, mais, à la place, une distanciation affective vis-à-vis des enfants : le parent exerce froidement son rôle en pilotage automatique. Quant au manque d’accomplissement, il se traduit par une perte de plaisir dans le rôle parental. Moins il voit ses enfants, mieux le parent épuisé se porte. En général, il ne se reconnaît plus car, auparavant, il s’investissait énormément.

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