En Belgique, un élu nationaliste condamné à huit ans de prison pour trafic de visas humanitaires


L’ancien conseiller ministériel Melikan Kucam, à Anvers (Belgique), le 30 novembre 2020.

Melikan Kucam, un élu municipal du parti nationaliste Alliance néoflamande (N-VA), a été condamné, mardi 12 janvier, à huit ans de détention par le tribunal d’Anvers pour avoir fourni, contre rétribution, des visas humanitaires à 246 chrétiens de Syrie désireux de gagner la Belgique.

Arrêté en janvier 2019 et mis en examen pour corruption, fraude et trafic d’êtres humains, le prévenu était chargé d’établir les listes de bénéficiaires potentiels du droit d’asile pour le compte du cabinet du secrétaire d’Etat à la migration, Theo Francken (N-VA), où il était employé.

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Pour faire figurer leur nom sur la liste, Melikan Kucam exigeait des familles de 2 000 euros à 7 500 euros par personne, alors qu’une procédure normale pour l’obtention d’un visa humanitaire coûte, en Belgique, quelque 350 euros. L’opération, menée en connivence avec son fils et son épouse, condamnés respectivement à quarante-huit et quarante mois de détention − aurait rapporté au total 522 000 euros. Si les Syriens − la plupart d’origine assyrienne, comme la famille Kucam − refusaient de payer, ils étaient menacés d’un renvoi vers leur pays en guerre.

Une condamnation embarrassante

L’affaire découverte un peu par hasard, à la faveur d’une enquête sur un trafic de drogue, a illustré les lacunes de la politique d’octroi de visas humanitaires et le manque de contrôle exercé par l’Office des étrangers, qui se flatte pourtant d’une grande rigueur. Le rôle prépondérant de M. Kucam au cabinet du secrétaire d’Etat et le fait que M. Francken le présentait comme « un type formidable » expliquent sans doute la mansuétude des fonctionnaires.

Le secrétaire d’Etat, qui exprimait ses sympathies pour Donald Trump, était un partisan d’une politique de l’immigration très sévère. Il était d’ailleurs l’un des adversaires résolus du Pacte de Marrakech, dont l’adoption par la Belgique entraîna son départ, et celui de son parti, du gouvernement de Charles Michel, en décembre 2018.

Interrogé mercredi matin, l’ancien secrétaire d’Etat Theo Frencken a affirmé qu’il portait la « responsabilité politique » du dossier

La condamnation de son ex-collaborateur, une décision qu’il dit aujourd’hui applaudir, est d’autant plus embarrassante pour Theo Francken qu’une centaine de personnes accueillies en Belgique n’ont finalement pas introduit de demandes d’asile. Certaines l’ont fait dans les pays voisins, d’autres ont disparu des radars.

A l’époque, l’administration américaine elle-même s’était d’ailleurs alarmée : l’ambassade des Etats-Unis avait exprimé des craintes pour la sécurité car la Belgique faisait partie des pays dont les citoyens ne doivent pas solliciter de visa pour entrer aux Etats-Unis. Washington craignait donc que des Syriens bénéficiant de visas humanitaires ne pénètrent sur son territoire. En réalité, la dispense de visas ne concerne pas les étrangers vivant en Belgique, ce qui avait permis à M. Francken d’affirmer que ses successeurs au pouvoir avaient monté un complot visant à le discréditer.

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