En Amazonie, le bonheur à tire-d’aile des oiseaux des forêts de sable


Cette chronique permet habituellement de découvrir des espèces, ou d’en percer les mystères. Cette semaine, les oiseaux que nous allons suivre mettent surtout le projecteur sur un écosystème aussi étonnant que mal connu : les forêts amazoniennes sur sable blanc, ou simplement « forêts de sable ». Imaginez des îlots grands comme Paris ou comme de simples terrains de football, c’est selon. Autour, la forêt humide, luxuriante, le poumon du monde. Là, de modestes arbres, peu denses, ou même des enclaves de savane, toujours reposant sur du sable blanc.

Le manakin à panache doré, ou « Neopelma chrysocephalum », habite uniquement dans les forêts de sable amazoniennes situées au nord de l’Amazone.

Comment ces poches se sont-elles formées ? « On n’en sait encore pas grand-chose, les études restent limitées, mais le processus géologique qui est à leur origine apparaît très variable, indique Joao Capurucho, ornithologue brésilien du Field Museum de Chicago. Parfois ce sont d’anciens lits de rivière, ou des paysages fortement érodés, ou encore du sable porté par le vent et déposé à un endroit précis. Certaines poches datent du miocène [entre 23 et 5 millions d’années] ; d’autres ont à peine 3 000 ans. »

Longtemps, les scientifiques ont boudé ces paysages. « Pas la peine d’aller en Amazonie pour voir de petites forêts sablonneuses », commente John Bates, le coordonnateur de l’étude. Ces dernières années, des scientifiques se sont quand même mis à étudier cette végétation particulière. Mais plus rarement les espèces qui y vivent. Et jamais leur mode de reproduction et les conséquences évolutives qu’il entraîne. C’est ce qu’a décidé d’entreprendre l’équipe du Field Museum. Ses travaux ont été publiés le 17 novembre dans Proceedings B, la principale revue de sciences de la vie de la Royal Society de Londres.

L’équipe s’est concentrée sur les oiseaux – manakins noirs, manakins à panache doré et autres passereaux spécifiques à ces écosystèmes – et les a comparés à leurs voisins des forêts humides. Dans une précédente étude, l’ornithologue brésilien les avait suivis sur le terrain et avait détaillé leurs comportements particuliers, notamment une tendance à cesser de chanter beaucoup plus tôt le matin. « Sans doute le fait de la chaleur, qui monte beaucoup plus vite car la végétation est moins dense », suggère-t-il.

Chercher le bonheur à tire-d’aile

Cette fois, c’est leur mode de reproduction qu’il a choisi d’observer, ou plutôt de comprendre. C’est en effet une étude génétique et anatomique, à partir de différentes collections de ces oiseaux, qu’il a entreprise. La question était la suivante : dans ce paysage morcelé, les oiseaux choisissaient-ils leurs partenaires au sein de leur propre poche, une solution de facilité souvent adoptée en forêt ? Allait-on voir les populations diverger, des spécificités génétiques apparaître entre les différents territoires, comme cela avait été observé sur les plantes et les insectes ? Ou les oiseaux cherchaient-ils le bonheur loin de leur base, comme pouvaient le laisser croire leurs ailes, souvent effilées et de taille supérieure à celles de leurs voisins ?

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