Du climat aux migrants, le parcours de combattante de Carola Rackete, ex-capitaine du navire humanitaire « Sea-Watch 3 »


Carola Rackete , à Berlin, le 11 septembre. AMELIE LOSIER POUR LE MONDE

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Publié aujourd’hui à 02h38

« Je suis désolée, mais je refuse de voir des journalistes qui prennent l’avion pour me rencontrer. (…) En particulier en période de coronavirus, je ne comprends absolument pas les voyages inutiles ou qui contribuent au saccage de la planète pour une seule interview. » L’avant-veille du rendez-vous, les choses ont failli mal tourner. La date était convenue depuis plus d’un mois. Il avait fallu trouver le seul créneau disponible pour rencontrer Carola Rackete à Berlin, après son retour de Laponie – où elle aidait des amis à construire une maison en torchis – et avant la sortie de son livre en France, Il est temps d’agir (L’Iconoclaste, 152 pages, 17 euros).

Quelques contorsions d’agenda plus loin, un rendez-vous était finalement calé in extremis, à bord d’un train. C’est donc dans le confort sommaire du Berlin-Paris que nous avons pu interviewer la jeune femme qui avait manqué nous filer entre les doigts à cause du bilan carbone élevé de notre déplacement en avion pour deux heures d’entretien. Comment lui donner tort ?

L’anecdote illustre l’intransigeance de la militante allemande de 32 ans. Elle qui s’attache à vivre chichement – elle dit dépenser 500 euros par mois et reversera le produit de la vente de son livre à l’association de « résistance civile à la politique migratoire européenne » Borderline-Europe –, n’a pas de logement à elle depuis neuf ans, mais est hébergée ici ou là par des amis, n’utilise que des vêtements ou des équipements d’occasion, ayant renoncé au confort d’un poste salarié pour se consacrer à ses convictions et contribuer au changement de système auquel elle aspire.

Connue pour son rôle dans le secours aux migrants en Méditerranée – où 15 000 personnes sont mortes noyées depuis 2014 –, Carola Rackete est d’abord une militante écologiste et, dans son livre, c’est d’urgence climatique qu’elle parle avant tout.

« Capitaine Courage »

Entre 2016 et 2019, la jeune femme a toutefois contribué à sauver de nombreuses vies à bord de navires humanitaires. Elle a accédé à une notoriété soudaine le 29 juin 2019.

A l’époque capitaine du navire Sea-Watch 3, elle attend depuis plus de deux semaines en mer, au large de l’île italienne de Lampedusa, « à griller dans la chaleur écrasante », dans l’espoir vain qu’une poignée d’Etats européens se mettent d’accord sur la prise en charge et l’examen des demandes d’asile d’une quarantaine de personnes migrantes ayant fui la Libye en canot pneumatique. Le leader d’extrême droite Matteo Salvini, alors ministre italien de l’intérieur, a décrété la fermeture des ports aux bateaux d’ONG. « C’est du racisme, rien d’autre », accuse Carola Rackete dans son livre.

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