Devant la commission d’enquête sur le Covid-19, Touraine et Bachelot se refusent à « donner des leçons »


Audition de Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la santé et des sports, par la mission d’information sur l’impact, la gestion et les conséquences de l’épidemie de Covid-19, à l’Assemblée nationale, le 1er juillet.

A l’Assemblée nationale, les deux ex-ministres de la santé Marisol Touraine et Roselyne Bachelot se sont refusées mercredi 1er juillet à « donner des leçons » à leurs successeurs sur la gestion de la crise du Covid-19.

« Je me garderais bien de donner la moindre leçon », a déclaré d’emblée Mme Touraine, en poste de 2012 à 2017, lors de son audition par la commission d’enquête parlementaire, jugeant que c’était « trop facile, de l’extérieur ». Lui succédant devant les députés, Mme Bachelot, qui a occupé les mêmes fonctions entre 2007 et 2010, a ensuite assuré, dans un style très différent mais presque dans les mêmes termes : « Je me garderais bien de donner des leçons à mes successeurs et de juger leurs actions tant je connais la difficulté de leurs tâches. »

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Cela ne les a pas empêchées de souligner en creux leurs différences sur la question des stocks de masques de protection, au cœur des questions des élus. En avril 2010, il atteignait ainsi 1 milliard de masques chirurgicaux et 700 millions de masques FFP2, plus protecteurs. Or, début 2020, lorsque l’épidémie est arrivée en France, ce stock était réduit à 117 millions de masques chirurgicaux pour adultes, 40 millions de masques pédiatriques et plus aucune réserve de FFP2.

Agnès Buzyn, sur le gril mardi, a assuré que le sujet de la surveillance des stocks de masques de protection ne remontait pas spécialement à son niveau. « Est-il concevable que pendant trois ans Agnès Buzyn n’ait eu aucune information ? », a ainsi interrogé le rapporteur de la commission, Eric Ciotti (Les Républicains, LR).

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« Plus de risques à en faire trop qu’à en faire pas assez »

« Chaque ministre a son organisation et son fonctionnement », a répondu Mme Touraine, avant d’ajouter : « Si ça s’était passé avec moi, je me serais fâchée très très fort. » Elle affirme pour sa part avoir « maintenu l’idée qu’il fallait des stocks importants » et n’avoir « jamais accepté » la doctrine consistant à passer à des « stocks tampons » renouvelés au fur et à mesure, évoquée notamment par le professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé (DGS) depuis janvier 2018.

« Les quantités de stocks remontaient au niveau de la direction générale de la santé une fois tous les trois mois, il y avait des commandes de renouvellement qui étaient passées tous les ans », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’à son arrivée au ministère il y avait 730 millions de masques chirurgicaux en stock, et 754 millions lorsqu’elle est partie. « Si on avait eu ce niveau il y a quelques semaines, la situation aurait été différente, au moins psychologiquement », a estimé Mme Touraine.

Audition de Marisol Touraine, ancienne ministre des affaires sociales et de la santé, par la mission d’information sur l’impact, la gestion et les conséquences de l’épidemie de Covid-19, à l’Assemblée nationale, le 1er juillet.

« Je suis une tenante de la politique des masques. Ce n’est pas au moment où la pandémie se déclare qu’il faut constituer des stocks », a renchéri Mme Bachelot, qui a eu à gérer le risque de pandémie de grippe A(H1N1) en 2009.

Ironie du sort, l’épidémie de Covid-19 a signé le retour en grâce de l’ancienne ministre, vue comme l’incarnation d’un principe de précaution oublié par ses successeurs, alors qu’à l’époque elle avait été très critiquée pour avoir commandé trop de vaccins (94 millions de doses, dont seulement six millions avaient été utilisées) face à une pandémie finalement moins grave que redoutée.

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« Les procès dont j’ai fait l’objet, les moqueries, les mises en cause [ont été] d’une telle violence et d’une telle injustice que je peux comprendre les craintes suscitées chez certains de mes successeurs. On s’est dit qu’il y avait plus de risques à en faire trop qu’à en faire pas assez », a-t-elle analysé.

« C’est considérer que l’opinion publique doit faire la politique sanitaire du pays, ce qui n’est pas ma vision », a ajouté Mme Bachelot, appelant de ses vœux « la création d’une société résiliente, où chaque citoyen s’empare de sa protection », à l’opposé d’une certaine « infantilisation » actuelle, où l’on attend tout « du seigneur du château ».

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« Les contingences quotidiennes l’emportent toujours »

Les deux anciennes ministres ont en revanche livré une analyse différente sur la création en 2017 de Santé publique France, qui a absorbé les fonctions de l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus).

Mme Touraine, qui a supervisé la mise en place de cet organisme, a défendu la nécessité d’« une agence intégrée » alors que le « paysage sanitaire était éparpillé », avec « parfois des doublons » et une difficulté à coordonner la recherche, les messages de prévention et les actions opérationnelles. A l’inverse, Mme Bachelot a jugé que l’Eprus, « outil tout à fait remarquable », devait « garder son autonomie ».

« Quand on mélange les contingences quotidiennes avec l’anticipation à long terme, les contingences quotidiennes l’emportent toujours. »

Xavier Bertrand, qui a occupé le poste de 2005 à 2007 puis de 2010 à 2012, sera à son tour interrogé jeudi.

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