« De nombreux médecins ne comprennent pas entièrement les enjeux du consentement éclairé »


Samia Hurst-Majno. à Genève, en août 2018.

Samia Hurst-Majno est médecin et bioéthicienne. Elle dirige l’Institut éthique, histoire, humanités à la faculté de médecine de l’université de Genève, qui est consacré à l’étude des enjeux de la médecine contemporaine, selon une approche transdisciplinaire intégrant les sciences humaines, sociales et biomédicales. Elle a été la première femme présidente de la Société suisse d’éthique biomédicale et intervient dans le débat public suisse sur la réflexion éthique. Elle s’est notamment intéressée à la notion de vulnérabilité du patient et sa définition de la vulnérabilité a été reprise dans la révision de 2013 de la déclaration d’Helsinki de l’Association médicale mondiale, sur les principes éthiques applicables à la recherche médicale.

Quelle est la fonction du consentement éclairé ?

Ce principe existe depuis l’Antiquité comme une norme médicale. Dans la Grèce antique, la déontologie médicale exigeait que le consentement soit demandé à l’homme libre, mais pas à l’esclave. Il apparaît pour la première fois dans une loi, en 1900, en Prusse. Dans les pays occidentaux, le consentement s’est inscrit dans la loi à la fin du XXe siècle, en particulier sous l’influence des débats sur la procréation médicalement assistée, mais aussi à la suite d’un ensemble de déclarations de sociétés médicales, comme la déclaration d’Helsinki de l’Association médicale mondiale, en 1964. La loi rend obligatoire la signature d’un formulaire de consentement dans le domaine de la recherche clinique. Ce formulaire est un simple document. Le consentement est avant tout une décision, qui doit être informée et autodéterminée, qui est destiné à autoriser le médecin à agir sur le patient dans un but qui bénéficiera à autrui. Si on le recrutait contre sa volonté, ce serait un abus de pouvoir caractérisé. Pour consentir valablement, il faut donc que le patient comprenne que la recherche ne vise pas le soin thérapeutique, mais le recueil de données fiables permettant d’acquérir des connaissances qui bénéficieront à d’autres personnes. Il doit pour cela disposer de toutes les informations pertinentes : celles qui pourraient lui faire changer d’avis, dans un sens ou dans l’autre. L’information reçue doit pouvoir l’aider à répondre à la question : « Qu’est-ce que ça change pour moi et pour mon entourage si je dis oui ou non ? »

Quel en est le processus ?

Le cœur du consentement, c’est la décision du patient et l’entretien préalable avec le médecin. La bonne issue n’est pas qu’il accepte ou refuse, mais qu’il décide en fonction de ses priorités et à la lumière des connaissances scientifiques. C’est la raison pour laquelle il faut être loyal dans l’explication. Parfois, le médecin peut se trouver face à une personne perplexe, ayant du mal à définir ses priorités et il est alors nécessaire de l’aider. Cela fait partie de son rôle, même si cela prend du temps et demande de l’investissement. De nombreux médecins ne comprennent pas entièrement ces enjeux, même si les mentalités évoluent, en particulier chez les jeunes. Dans la pratique, le consentement est donc souvent réduit à la signature du formulaire, prévu par la loi. Il atteste de l’accord du patient et permet aussi de conserver une trace des informations qui lui ont été données.

Il vous reste 61.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: