dans le Haut-Karabakh, la débâcle de l’Arménie


Le portrait d'un soldat arménien dans le musée de la ville de Chouchi, dans le Haut-Karabakh, le 6 avril 2016. Aujourd'hui, la ville est passée sous administration azerbaïdjanaise suite au accord signé en novembre 2020. Rafael Yaghobzadeh pour «Le Monde»

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Publié aujourd’hui à 12h07, mis à jour à 12h35

La forteresse stratégique de Chouchi, si chère au cœur des deux communautés, arménienne et azerbaïdjanaise, a été reconquise par Bakou. Et Stepanakert, la capitale de la « République d’Artsakh » réduite à peau de chagrin, se demande désormais comment elle survivra, enclavée, reliée à l’Arménie par un fragile corridor contrôlé par l’armée russe.

La déroute militaire de l’Arménie au Haut-Karabakh, trois décennies après qu’elle a conquis le territoire disputé au terme de six années de combats acharnés avec l’Azerbaïdjan (1988-1994), fut fulgurante. Le conflit n’a fait que peu de victimes civiles (45 morts côté arménien et 93 morts côté azerbaïdjanais, selon les défenseurs des droits humains des gouvernements respectifs), mais a été dévastateur pour les combattants, fauchés par milliers. Comprendre ce qui s’est joué sur les fronts karabakhtsis en un mois et demi, du 27 septembre au 9 novembre, prendra du temps pour les Arméniens, tant la ferveur guerrière populaire et la propagande officielle ont masqué ce qui était pourtant une défaite inéluctable.

Un combattant arménien désigne les positions azerbaïdjanaises dans le Haut-Karabakh, à Chouchi, en février 1992.

Si le conflit est à nouveau gelé, le dossier du Haut-Karabakh est loin d’être refermé. Son importance dans l’Arménie moderne doit être jaugée à l’aune de la violence des affrontements de 1988-1994, avec un bilan total estimé à 30 000 morts et des crimes de guerre commis par les deux camps. Cette guerre fut largement ignorée par un Occident focalisé sur d’autres soubresauts de l’effondrement de l’Empire soviétique ou sur le conflit en ex-Yougoslavie.

L’Arménie, dont l’armée était en infériorité numérique, moins bien équipée, mais avec des soldats mieux préparés (résultat du mépris témoigné par l’URSS pour ses recrues azéries), avait, à l’époque, remporté un succès douloureux mais net. Non seulement elle arrachait à l’Azerbaïdjan le territoire du Haut-Karabakh, peuplé majoritairement d’Arméniens, mais elle prenait possession de sept districts voisins, destinés à devenir une zone tampon autant qu’un levier de négociation.

Reportage : A Stepanakert, la capitale engloutie du Haut-Karabakh

Foyer historique

La dimension psychologique de cette victoire fut immense. Elle tient à la place du Haut-Karabakh dans l’imaginaire arménien, qui le considère comme l’un de ses foyers historiques, mais aussi au traumatisme de 1915. Le triomphe des guerriers arméniens apparaît comme un miroir du génocide, une preuve que le peuple arménien n’est pas condamné à l’oppression. Quelle que soit la part de mythe et de réel, l’identité karabakhtsie et le souvenir de la victoire imprègnent l’identité arménienne.

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