« Considérer la ville comme un système complexe conduit à réduire les individus à des atomes »


Vue aérienne du quartier de Puxi, dans le centre-ville de Shanghaï, en Chine.

Tribune. On lit souvent que les villes devraient être pensées comme des « systèmes complexes » afin de mieux en piloter la gestion. Ainsi, à la faveur de la pandémie, par exemple, le concept a été employé pour insister sur les effets supposés incontrôlables de la croissance urbaine mondiale, qui ont pu favoriser la diffusion du virus à l’échelle du globe. Mais, si l’on veut aller au-delà de l’idée convenue que la ville est compliquée, il faut rendre cette notion opérationnelle, et d’abord tenter de la définir précisément.

La plupart des définitions scientifiques des systèmes complexes les ramènent à l’idée de systèmes composés de nombreuses entités en interaction, qui font émerger spontanément un « tout » plus « grand » qu’elles, au sens où il présente des propriétés inattendues.

Cette caractérisation oppose d’abord les systèmes complexes aux systèmes « simples », dans lesquels les interactions sont faibles et n’engendrent pas de propriétés surprenantes au niveau collectif. Ainsi, en dehors de rares chocs, les atomes d’un gaz suivent des trajectoires aléatoires, indépendamment les uns des autres, et les propriétés d’ensemble du gaz peuvent se calculer assez simplement.

La définition différencie également les systèmes complexes des systèmes « compliqués », dans lesquels le tout n’émerge pas spontanément mais en suivant le plan global d’un architecte, comme dans le cas d’un avion ou d’un ordinateur. Au contraire, la construction des fourmilières et de leurs multiples galeries est un exemple canonique de système complexe, car elle est menée à bien par les ouvrières, sans coordination centrale par une reine qui en détiendrait le plan.

Un modèle complexe pour comprendre la ségrégation urbaine

En ce qui concerne les villes, l’un des modèles « complexes » les plus célèbres a été proposé en 1971 par l’économiste Thomas Schelling pour comprendre la ségrégation ethnique aux Etats-Unis. Imaginons un échiquier où les cases représentent autant de logements. Certaines sont occupées par des Blancs, d’autres par des Noirs, et certaines, enfin, sont provisoirement inoccupées. Supposons ensuite que tous les habitants préfèrent avoir un voisinage mixte, comptant autant de voisins des deux types.

Chaque jour, un habitant est choisi au hasard et on lui propose de déménager dans un appartement vide, également choisi au hasard. Si ce déménagement augmente la satisfaction de l’habitant, il l’accepte, sinon il refuse. Le lendemain, on prend, toujours au hasard, un autre habitant et une autre case vide et on recommence.

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