comment l’industrie du numérique s’est retournée contre Loukachenko


Manifestation en Biélorussie en soutien à l’industrie numérique, à Minsk, le 4 septembre.

De loin, la « Silicon Valley » biélorusse, dans la banlieue de Minsk, a l’allure un peu triste d’un grand cube en béton. Sous ses dehors soviétiques, le parc des hautes technologies de la capitale de la Biélorussie abrite un secteur très en pointe. C’est là, notamment, que l’application de messagerie chiffrée Viber et le jeu World of Tanks ont vu le jour. Ancien chef d’un kolkhoze, le président Alexandre Loukachenko était sans doute loin d’imaginer que cette industrie, longtemps choyée mais dont il a toujours sous-estimé la puissance, allait un jour se retourner contre lui.

Lorsqu’il donne son feu vert pour construire le parc, au milieu des années 2000, l’autocrate ignore tout des nouvelles technologies, un domaine très éloigné du modèle traditionnel hérité de l’URSS, avec ses grandes industries étatiques. « Il ne comprenait rien au business des technologies de l’information. C’est pour ça qu’on a pu le développer », se souvient le fondateur du parc, Valery Tsepkalo, ancien membre du régime passé à l’opposition, aujourd’hui en exil à Varsovie après avoir été empêché de se présenter à la présidentielle.

Poussée par les avantages fiscaux accordés par le régime, l’industrie du numérique est rapidement devenue un moteur essentiel de l’économie biélorusse. En 2018, elle représentait 5,5 % du PIB avec près de 1,5 milliard de dollars d’exportations, et employait 60 000 salariés.

Un pilier de la contestation

Depuis la réélection frauduleuse d’Alexandre Loukachenko, le 9 août, les salariés des entreprises de technologies de l’information (IT) sont devenus un pilier de la contestation qui secoue le pays. « Sans eux, cette révolution serait impossible », affirme l’analyste biélorusse Franak Viacorka, spécialiste des médias numériques.

Leur rôle a été décisif dès le début du scrutin présidentiel. Sceptiques sur la capacité du gouvernement à mener un processus transparent, quelques-uns ont créé, pour la première fois, une plate-forme d’observation électorale en ligne, Golos (« Voix »), pour faire un décompte indépendant des suffrages. Chaque électeur était invité à prendre une photo de son bulletin de vote et à l’envoyer en guise de preuve. « L’idée était de pouvoir comparer les résultats officiels avec ceux que les électeurs nous avaient envoyés », explique Pavel Liber, 36 ans, créateur de Golos et vice-président d’Epam, une multinationale spécialisée dans la création de produits numériques.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Je n’avais pas vu autant de violence avant cette nuit-là » : des blessés biélorusses soignés en Pologne racontent

Un million de personnes (sur 9,5 millions d’habitants) ont téléchargé l’application en deux semaines. « Quand le gouvernement a découvert notre plate-forme, il a appelé à la fermer, poursuit M. Liber. On a reçu des menaces, et des médias officiels nous ont qualifiés de terroristes. » Malgré les perturbations liées aux coupures Internet le jour de l’élection et les deux jours suivants, Golos a permis de démontrer l’ampleur des fraudes qui ont déclenché les premières manifestations : « Au moins 50 % des votes avaient été falsifiés. »

Il vous reste 66.37% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: