comment les trafiquants se sont adaptés à la crise sanitaire


Image extraite du clip du rappeur Heuss L’Enfoiré

On y parle « transactions », « vecteurs d’acheminement », « offres commerciales » et « chiffre d’affaires ». Une note confidentielle datée de février 2021 et établie par l’Office français antistupéfiants (Ofast), dont Le Monde a pris connaissance, retrace le « Bilan d’une année de crise sanitaire sur les trafics de stupéfiants ».

Ce document de cinq pages, précis, circonstancié, illustre de manière frappante de quelle manière les narcotrafiquants ont fait face à la première période de confinement, du 17 mars au 10 mai 2020, en réorganisant leurs réseaux d’approvisionnement et de distribution et comment, avec un sens consommé de l’organisation, ils ont anticipé le reconfinement de novembre. Il montre surtout l’impressionnante capacité d’adaptation de réseaux agiles, structurés, réactifs. L’enjeu n’était pas mineur, pour un secteur qui génère, en France, d’après l’Insee, un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros, soit 0,1 % du produit intérieur brut (PIB).

Pénurie

D’abord surpris par la pandémie, les trafiquants ont commencé par accuser de lourdes pertes peu après la mise en place des mesures de restriction de circulation, un déficit encore accru par la crainte des contrôles alors que le pays se trouvait pratiquement à l’arrêt et les déplacements rendus particulièrement visibles.

En dix jours à peine, signe que l’économie de la drogue fonctionne encore pour une large part en flux tendu, la pénurie frappe la plupart des produits, de la résine de cannabis à l’herbe, de l’ecstasy à la cocaïne et l’héroïne. En atteste l’indicateur fourni par le nombre et le volume des saisies : 2,6 tonnes de shit arraisonné par les forces de l’ordre en mars 2020, soit 75 % de moins qu’en février (10,1 tonnes) ; − 93 % de cocaïne et − 92 % d’héroïne pour avril par rapport aux résultats enregistrés un an plus tôt.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : des grossistes aux clients, le trafic de drogue mis à l’arrêt par les mesures de confinement

Asséchés, les réseaux se sont trouvés contraints de se réorganiser à la hâte dans un contexte de très forte concurrence – une éminente question de survie mais, également, d’image auprès de leur clientèle comme de leurs rivaux.

Aussi, lors du premier confinement, les groupes criminels spécialisés dans l’approvisionnement de gros ne tardent-ils pas à réarticuler leurs modes de transport en préférant les camions de marchandises, autorisés à circuler, aux véhicules légers, davantage susceptibles d’attirer l’attention des policiers, gendarmes et douaniers. Leur position de force sur le marché, leur implantation dans les agglomérations importantes leur permet également d’imposer leurs conditions de vente aux réseaux de distribution comme aux trafiquants de moindre envergure, établis dans les villes moyennes.

Il vous reste 67.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Leave a Reply

%d bloggers like this: