« Cette pandémie a révélé aux Européens la valeur d’un modèle dont ils ne soupçonnaient pas la résilience »


La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron à Meseberg, Allemagne, le 29 juin.

C’est une de ces petites phrases glissées au détour d’un entretien et qui finissent par en dire plus long que le reste du texte. Dans l’interview qu’elle a donnée aux journaux du réseau Europa, dont Le Monde, au moment où l’Allemagne s’apprêtait à prendre la présidence de l’Union européenne (UE), mercredi 1er juillet, la chancelière Angela Merkel a confié ses interrogations sur la supériorité du modèle démocratique libéral.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas su apporter la preuve à 100 % que le modèle libéral démocratique est en train de s’imposer, a-t-elle observé. Cela m’inquiète. » La chancelière venait de dresser le bilan des grandes compétitions idéologiques des trois dernières décennies, depuis cette année triomphale, 1989, où la démocratie occidentale avait eu raison du communisme. Pour toujours, avaient prédit certains, tant le combat paraissait inégal. La trentenaire qu’était alors Angela Merkel en avait peut-être aussi acquis la certitude, ayant grandi dans l’autre camp, à l’Est.

Sentiment de fragilité

Mais trente ans plus tard, dont quinze au pouvoir, son jugement est plus nuancé. Balayé, le communisme n’a jamais relevé la tête, mais la victoire de la démocratie libérale « n’était qu’une partie de la vérité », dit la chancelière en rappelant que Viktor Orban, aujourd’hui premier ministre hongrois et chantre de la « démocratie illibérale », était l’un des acteurs de cette victoire. Entre-temps, il y a eu les guerres des Balkans, le terrorisme islamiste, l’échec du printemps arabe, et surtout le défi chinois, qui montre qu’un système politique totalitaire peut mener à la réussite économique. C’est donc possible !

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Ce doute, exprimé par la dirigeante d’un des pays les plus stables et les plus prospères du monde dans un entretien destiné, au contraire, à relever le moral des troupes européennes éprouvées par le coronavirus, est révélateur du sentiment de fragilité qui prévaut dans la plupart des démocraties occidentales.

Il s’explique en partie par la profonde crise politique que traversent les Etats-Unis sous le règne de Donald Trump, aggravée par la gestion désastreuse de la pandémie de Covid-19. Qui aurait pensé, il y a seulement quatre ans, que les réseaux sociaux américains censureraient un jour le président des Etats-Unis pour diffusion de contenus haineux ou racistes ? Qu’un jugement de la Cour suprême préservant le droit à l’avortement en Lousiane serait célébré comme le salut inespéré de l’indépendance de la justice ?

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