Bruno Le Maire, l’écrivain de Bercy


Bruno Le Maire au ministère de l’économie, à Paris, le 5 janvier.

Décembre 1812. La Grande Armée est enlisée dans l’hiver russe quand Napoléon, averti d’une conspiration du général Malet, décide de rentrer à Paris. Pendant les quatorze jours que dure la traversée, le général Armand de Caulaincourt, les doigts glacés, note en secret les confidences de l’Empereur, ses élans visionnaires et, parfois, ses regrets, dans un ouvrage qui marquera l’histoire : En traîneau avec l’empereur.

Emmanuel Macron a parfois été comparé à Napoléon pour sa jeunesse, son goût de la verticalité dans l’exercice du pouvoir, sa théâtralité, ou son ancrage politique ambigu. Son arrivée à l’Elysée en 2017 n’avait-elle pas les allures d’une campagne d’Italie ? Il n’est pas encore établi, en tout cas, que Bruno Le Maire deviendra son Caulaincourt.

Le ministre de l’économie, des finances et de la relance – il tient à ce titre – vient de publier ses Mémoires provisoires, L’Ange et la Bête (Gallimard, 352 p., 20 euros). Un récit en coulisses des trois premières années du quinquennat où l’auteur ne manque pas de flatter ce président « charmant, séducteur », qui se montrerait « romantique dans sa conquête du pouvoir, pragmatique dans son exercice ». « Il connaît les dossiers mieux que la plupart des ministres qui en ont la charge », vante Bruno Le Maire.

Mais là où l’officier Caulaincourt s’effaçait devant son grand homme, le locataire de Bercy n’oublie pas de soigner sa propre image et revendique plutôt s’inspirer de Pascal et de Saint-Simon. « Vous avez un très beau ministre, Emmanuel », a lancé un jour le président américain, Donald Trump, à son homologue français, dans un dialogue déroutant que le ministre ne se prive pas de rapporter.

L’Elysée apprécie modérément

Les ouvrages de Bruno Le Maire ont longtemps parlé des autres. Le Ministre (Grasset, 2004) croquait Dominique de Villepin, dont il a été le directeur de cabinet ; Des hommes d’Etat (Grasset, 2008) racontait la guerre fratricide à droite entre sarkozystes et chiraquiens ; Jours de pouvoir (Gallimard, 2013), enfin, actait l’émancipation d’un homme décidé à rouler pour lui-même.

Que nous révèle L’Ange et la Bête ? Un péché d’orgueil, qui trahit une ambition contrariée ? Une offre de service à Emmanuel Macron en vue de la campagne pour sa réélection, en 2022 ? Ou l’œuvre d’un ministre-écrivain, fier de compter parmi les rares hommes politiques à être publiés dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard ?

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