Avec le « pansement Schubert », la violoncelliste Claire Oppert au diapason des patients en fin de vie


Claire Oppert joue pour une patiente à l’hôpital parisien Sainte-Périne, en juillet 2016.

Une femme médecin, une infirmière, une psychologue et une violoncelliste. Chercher l’intruse ? Au service de soins palliatifs de l’hôpital Rives-de-Seine, à Puteaux (Hauts-de-Seine), la concertiste Claire Oppert n’en est pas une. Chaque lundi en début d’après-midi, une réunion se déroule en sa présence. « Chambre 62, c’est une dame atteinte de démence qui dort beaucoup. C’est peut-être toi qui nous diras ce qu’il se passe dans sa tête », espère le docteur Ségolène Perruchio, à la tête de l’équipe.

Dans cette unité où l’on tente d’adoucir la fin de vie des patients, qui y séjournent en moyenne une quinzaine de jours, la musicienne quinquagénaire vient dispenser des « séances violoncelle » une demi-journée par semaine, depuis 2017. Elle les a narrées d’une plume délicate dans Le Pansement Schubert (Denoël, 208 pages, 16 euros). Son imposant instrument tenu d’une main, une valisette pleine de partitions tractée de l’autre, Claire Oppert pousse une à une les portes des chambres sans la moindre idée de ce qu’elle y jouera ni de l’accueil qui lui sera réservé.

« Circulation de joie »

« Bonjour monsieur. Vous voyez, un violoncelle vient vous rendre visite. Est-ce que cela vous dirait un petit morceau ? » La voix est douce, la robe longue vaporeuse, comme la chevelure. Claire Oppert a l’air de la fée qui dote le nouveau-né de dons musicaux en effleurant de l’archet son berceau. Elle évolue au ralenti, comme pour se mettre au diapason des malades. Dose son jeu, afin que nul son ne les agresse. Adapte son rythme à leur respiration pour la soutenir, pour dialoguer.

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Chambre 61, la moustache blanche de Georges, 98 ans, frétille lorsque la musicienne apparaît. Qu’est-ce qui lui ferait plaisir ? « Ce que vous voulez, du moment que c’est beau ! », s’enthousiasme déjà le patient en liquette bleue d’hôpital, calé par un gros oreiller. Va pour un extrait de L’Adagio d’Albinoni, puis de l’Ave Maria de Gounod. La musique emplit la pièce. Les boîtes de médicaments, le pichet en plastique, le fauteuil de faux cuir qu’occupe un fils anxieux, tout s’efface dans l’intensité du moment. Georges, qui se meurt d’un cancer de la thyroïde, savoure. Il ferme les yeux, renverse sa tête sur l’oreiller, pleure et sourit en même temps. Lorsque le silence revient, il joint les mains. « Bravo, c’est majestueux ! Vous exprimez des sentiments, je vous envie. Vous m’avez mis de la joie dans le cœur. Merci, merci, merci. Transmettez cette joie aux autres aussi. »

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