Audience suspendue en plein réquisitoire au procès du djihadiste Tyler Vilus


Tyler Vilus encourt pour cette scène, un meurtre en bande organisée, la réclusion criminelle à perpétuité.

C’est une vidéo qui a été diffusée en mai 2015 par le bureau médiatique de l’organisation Etat islamique (EI). Elle a probablement été filmée fin avril à Al-Chaddadeh, ville de l’Est syrien, et la cour d’assises de Paris où le djihadiste français Tyler Vilus est jugé pour des crimes commis en Syrie entre 2013 et 2015 l’a regardée plusieurs fois, jeudi 2 juillet.

Elle montre deux anciens soldats de l’armée syrienne ayant combattu l’EI, qualifiés d’ennemis des musulmans, décliner leur identité et répondre à un bref interrogatoire. La séquence suivante montre la scène d’exécution, dans la rue. Les deux prisonniers, en tenue orange, à genoux, menottés dans le dos, les yeux bandés, s’écroulent, tués d’une balle dans la tête.

Bourreaux et agents de la sécurité de l’EI forment un premier cercle autour des prisonniers, devant une foule de spectateurs, essentiellement composée d’hommes et de quelques enfants. Tyler Vilus se tient dans le premier cercle, à moins de 2 m des bourreaux. Il a vécu plusieurs mois à Al-Chaddadeh et officiait comme policier islamique, selon l’accusation.

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Présent, devant la foule, vêtu d’un treillis militaire

Tyler Vilus n’a pu nier sa présence sur cette scène d’exécution. « A aucun moment je ne prends part à ce qui se passe », a-t-il lancé devant la cour d’assises de Paris où il encourt pour cette scène, un meurtre en bande organisée, la réclusion criminelle à perpétuité.

« Il y avait toujours des exécutions, le plus souvent organisées le vendredi parce que c’était le jour de la grande prière, les gens sortaient de la mosquée. A Al-Chaddadeh, il y a une seule rue principale. Je sors de la mosquée, je tombe dessus », dit-il. « Je suis là parce que je fais partie de l’EI, ne pas m’arrêter et partir, cela aurait été très bizarre », explique-t-il.

Le président fait remarquer qu’il est devant la foule, vêtu d’un treillis militaire, un talkie-walkie à la main et une ceinture équipée d’une grenade. « On est en guerre, on a toujours une arme. Bachar Al-Assad frappe les civils. J’ai un talkie-walkie pour être prévenu si des avions arrivent pour bombarder. »

« L’horreur est devenue normale », ajoute-t-il. « Ça m’étonnerait fort qu’il y ait eu un procès. Les Amniyins [renseignements de l’EI], ils assassinent les gens pour n’importe quoi. »

L’avocat général relève qu’après l’exécution il ne quitte pas la scène mais va vers les cadavres. Tyler Vilus affirme n’avoir fait que suivre le « mouvement de la foule » qui s’est vite dispersée. La vidéo s’arrêtant, nul ne sait ce qu’il a fait ensuite.

Réquisitions interrompues

Les réquisitions, débutées en début d’après-midi, ont assez vite été interrompues. L’avocat général, Guillaume Michelin, avait commencé à dresser le portrait d’un « djihadiste intégral », « un cas exceptionnel et jusqu’à présent unique en son genre » au sein de la galaxie djihadiste francophone.

Alors qu’il décrivait les étapes de l’engagement djihadiste de Tyler Vilus, le magistrat, au bord du malaise, a demandé une suspension d’audience. Après avoir tenté de reprendre le fil de son réquisitoire, visiblement épuisé, il a dû à nouveau s’interrompre. L’audience a été suspendue pour la journée. Le réquisitoire devrait reprendre vendredi à 9 h 30.

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Le Monde avec AFP



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