au procès de Reda Kriket, la justice des hommes face à la justice divine


A gauche, Reda Kriket, Français de 39 ans, lit un texte expliquant son choix de défense au premier jour du procès de la cellule terroriste d’Argenteuil, lundi 8 mars. A droite, l’un de ses co-accusés, Abderrahmane Ameuroud, un Algérien de 43 ans.

Un accusé qui refuse de comparaître, un autre qui interdit à ses avocats de plaider le droit. Le procès de la cellule terroriste d’Argenteuil s’est ouvert, lundi 8 mars, dans une certaine confusion. Pendant cinq semaines, sept accusés seront jugés par la Cour d’assise spéciale de Paris pour un projet d’attentat déjoué de justesse, le 24 mars 2016, après la découverte d’une impressionnante cache d’armes et d’explosifs dans un appartement d’Argenteuil.

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Dans l’un des deux box vitrés accueillant les sept accusés, un homme manque à l’appel : le Français Anis Bahri, 37 ans, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a révoqué plusieurs avocats en cours d’instruction et refusé de comparaître lundi. Son ami et co-accusé Reda Kriket, délinquant francilien radicalisé de 39 ans, qui encourt la même peine, est bien présent. Mais il a lui aussi annoncé, quelques jours avant le procès, ne plus vouloir être défendu par ses deux avocats, Mes Xavier Nogueras et Yassine Bouzrou.

« Qu’en est-il aujourd’hui ? », lui demande le président. Polo noir ajusté, cheveux courts et un masque chirurgical passé sous le nez recouvrant une barbe fournie, Reda Kriket se lève. Il a préparé un texte, griffonné sur un papier, en guise de réponse. Il commence d’une voix mal assurée : « Je n’accepte et ne reconnais uniquement que les lois de mon Tout Puissant… »

Le flottement de l’ex-braqueur

Sa lecture, hésitante et confuse, est nourrie de références religieuses affirmant la primauté de la loi divine sur la justice des hommes : « Votre loi n’est pas la mienne », insiste-t-il. Son texte laisse penser qu’il refusera de se défendre. Mais il apporte une nuance : « Je ne souhaite pas que mes avocats me défendent avec les articles de votre loi, par contre ils peuvent présenter les faits. » Dans ce cadre, Reda Kriket accepte de désigner à nouveau ses deux avocats.

La tirade, maladroite, n’a pas eu l’effet du happening glaçant du djihadiste Peter Cherif, qui s’était lancé dans la récitation en arabe de la Fatiha, la sourate d’ouverture du Coran, au procès des attentats de Charlie Hebdo, avant de se murer dans un interminable silence en refusant de répondre aux questions. Reda Kriket est plus ambigu, tiraillé entre la tentation d’une rupture radicale et son envie de se défendre. Un flottement qui épouse sa mue de braqueur radicalisé : sous l’armure du djihadiste, l’instinct de survie du bandit palpite encore.

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