« Attention travail d’Arabe », une exposition drôle et dérangeante


« L'immigré : l'alimentation électorale » (2013), d’Ali Guessoum.

C’est un voyage à la fois drôle et dérangeant dans le monde des idées reçues. Avec un humour acide, la Maison du combattant, de la vie associative et citoyenne (Macavac), dans le 19e arrondissement de Paris, met en scène, du 8 septembre au 3 octobre, une trentaine de panneaux pseudo-publicitaires aux slogans et à la charte graphique détournés pour fracasser les clichés. « Attention travail d’Arabe », ironise le titre de cette exposition taillée pour les amateurs de calembours.

« Après les Macaronis, Espingouins, Polacks, Portos, Bougnoules, Nègres, Chinetoks, tous les chemins du racisme mènent aux Roms », annonce une des images. Et c’est vrai qu’à y regarder de plus près, le parcours raconte une partie de l’histoire de l’immigration en France. Ainsi, le camembert Président devient le « Camembeur résident ». Un pastiche qui fleure bon les années 1970, un temps où les immigrés, venus du Maghreb et notamment d’Algérie, décident de s’installer durablement en France et que les lois sur l’immigration se durcissent.

C’est à cette époque également, en 1973, que Ladj Lounès, 17 ans, est assassiné à Marseille de plusieurs balles de pistolet. D’autres crimes racistes suivront jusqu’à faire, en 1983, la « une » des journaux. Après avoir été blessé par une balle tirée par un agent, un jeune des Minguettes (quartier de Vénissieux près de Lyon) a alors une idée : traverser la France avec des copains pour dénoncer pacifiquement les violences policières et les discriminations.

C’est cette Marche pour l’égalité et contre le racisme qui va marquer Ali Guessoum, 55 ans, fondateur de l’association Remembeur et auteur des affiches exposées à la Macavac. Reprenant une photo en noir et blanc de ce que la presse de l’époque avait baptisé la « Marche des Beurs », le communiquant y incruste d’ailleurs une peau de banane jaune. Intitulée SOS Laxisme, l’image dénonce la récupération de l’événement par SOS Racisme qui va naître en 1984.

« Malbaré, la racisme tue », 2013.

Des détournements artistiques

Du « Y’a bon Banania », en passant par les propos du parfumeur Jean-Paul Guerlain au JT de France 2 (« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… ») et le récit de « politique-fiction » récemment publié par l’hebdomadaire Valeurs actuelles mettant en scène la députée Danièle Obono en esclave, plus d’un siècle s’est écoulé. « Et pourtant, les mêmes clichés perdurent, regrette Ali Guessoum. Les populations issues de l’immigration sont des enjeux et un fonds de commerce des politiques. » Il en a d’ailleurs fait une affiche où l’on voit une petite épicerie de quartier renommée « Alimentation électorale ». Sur l’étalage devant la boutique, des produits estampillés « les Arabes », « les Noirs », « les Jaunes » sont présentés. « Nous sommes des dommages collatéraux, et l’idée avec ces affiches, c’est de réparer », explique l’auteur.

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