Après le naufrage d’un voilier à Ajaccio, une enquête ouverte pour « non-assistance à personne en péril »


Débris du voilier Be-Bop, à Porticcio (Corse-du-Sud), le 26 septembre.

Le Be-Bop, un voilier de 11 mètres, s’est-il échoué en Corse faute d’avoir été accueilli par un port ajaccien ? C’est ce qu’affirme Dominique Debuyser, seule rescapée du naufrage au cours duquel ont péri son mari Philippe et un ami commun, vendredi 25 septembre. L’affaire cause, dans l’île, un considérable émoi.

Cette nuit-là, la Corse connaît l’une de ces « tempêtes d’automne » qui tendent à se multiplier depuis une quinzaine d’années. L’île, noyée sous des trombes d’eau, battue par des vents violents, est placée en alerte orange par Météo France. La compagnie aérienne régionale, Air Corsica, annule même plusieurs de ses rotations quotidiennes.

A bord du Be-Bop, un voilier qui fait le tour de la Corse depuis deux mois, le couple Debuyser et un ami tentent de gagner l’un des deux ports d’Ajaccio et se heurte, assure Dominique Debuyser, à un refus. « Je me suis mise à pleurer avec la personne au téléphone en lui disant qu’elle ne pouvait pas nous laisser en mer avec le coup de vent qui s’annonçait mais elle n’a rien voulu savoir », a expliqué la technicienne de laboratoire en retraite, âgée de 66 ans, à Corse-Matin. Le voilier gagne alors le golfe d’Ajaccio, où de puissantes bourrasques soufflent du nord-ouest. Mais les éléments sont trop déchaînés. « Une mer de force 5, raconte la capitaine de vaisseau Christine Ribbe, de la préfecture maritime de Toulon, avec des creux de 2,5 à 4 mètres de hauteur, parfois davantage par endroits. »

Rafales à 90 km/h

D’après le récit de Mme Debuyser, le Be-Bop finit par rompre son mouillage avant d’aller se fracasser contre un haut-fond bien connu des marins du coin : le sec de l’Urbera. La passagère est projetée à l’eau, son époux et leur ami disparaissent, aucun des trois n’a eu le temps ni la présence d’esprit d’enfiler un gilet de sauvetage.

Sitôt avisés sur le canal 16 de la bande marine VHF, les secours se mettent en branle. Le remorqueur d’intervention Abeille-Flandre, de la marine nationale, positionné dans les eaux du sud de l’île en raison des conditions météo, met le cap sur la position du Be-Bop, tandis que décolle Dragon 2A, l’hélicoptère de la sécurité civile. De nuit, dans des conditions dantesques – des rafales atteignent la vitesse de 50 nœuds, soient plus de 90 km/h –, un plongeur spécialisé est expédié à l’eau, inspecte le voilier avant de devoir renoncer : trop dangereux.

« Parallèlement, détaille Mme Ribbe, la vedette SNSM 732 des sauveteurs en mer fait route vers la zone et des patrouilles terrestres effectuées par les pompiers complètent le dispositif, tandis qu’un hélicoptère Puma de la base aérienne de Solenzara relève le Dragon pour la couverture aérienne du périmètre. » Deux corps d’homme seront finalement retrouvés le lendemain, samedi 26 septembre. Le premier en mer, le second échoué sur une plage de sable voisine.

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