Après la mort de Samuel Paty, l’« enchaînement des faits » détaillé par l’inspection générale


Des hommages déposés devant le collège du Bois d'Aulne, où Samuel Paty enseignait, le 19 octobre.

Personne n’aurait pu imaginer qu’un rapport de l’inspection générale, rédigé dans la langue institutionnelle de l’éducation nationale, puisse transmettre autant d’émotion. C’est pourtant bien cela qui se dégage à la lecture de l’enquête divulguée le 3 décembre, signée de deux inspecteurs – Roger Vrand et Elisabeth Carrara – sur les jours qui ont précédé l’assassinat de Samuel Paty, ce professeur d’histoire-géographie décapité par un terroriste islamiste, le 16 octobre, à proximité du collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) où il exerçait.

Un mois et demi après le drame, les conclusions de l’inspection générale clarifient deux points sur lesquels toute la communauté éducative s’interroge : oui, l’institution, en particulier la chef d’établissement, a été suffisamment réactive dans la prise en charge et le soutien plein et entier apporté au professeur pris pour cible sur les réseaux sociaux. Et oui, il y a bien eu, pour l’inspection générale mais aussi pour l’équipe du collège, des débats sur la manière dont Samuel Paty a conduit son cours sur la liberté d’expression. Pas sur le contenu – et le choix de montrer une caricature en classe –, mais sur le déroulement de la séquence.

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Samuel Paty l’a proposée à deux reprises, le lundi 5 et le mardi 6 octobre, à deux classes de 4e. Il s’agit d’un cours d’enseignement moral et civique intitulé « Situation dilemme : être ou ne pas être “Charlie” », et qui s’inscrit bien dans une séquence dédiée à la liberté d’expression. Durant un « temps très bref », écrivent les rapporteurs, M. Paty a montré une des caricatures publiée par Charlie Hebdo, « l’une de celles qui avaient suscité des réactions violentes et fait du journal la cible des djihadistes en 2015 », précisent-ils.

Des récits divergents

Lors de la première séquence, le 5 octobre, Samuel Paty suggère à ses élèves qui pourraient être choqués de quitter la salle. Les conditions dans lesquelles certains le font ont fait l’objet de récits divergents, notent les rapporteurs : il y a celui de l’AESH (une assistante qui suit deux élèves en situation de handicap), qui a accompagné cinq élèves hors de la classe et n’a fait état d’« aucun signe de tensions à quelque moment que ce soit ». Et puis il y a le récit de Samuel Paty, qui, en début d’après-midi ce même lundi, s’est confié auprès d’un collègue. « Il lui a indiqué que certains élèves n’avaient pas bien réagi à son cours car ils avaient mal vécu d’être mis en situation de sortir de la classe. » Auditionné par les inspecteurs, cet enseignant d’histoire-géographie a précisé que « connaissant Samuel Paty, il considère que le fait de proposer aux élèves de sortir n’était pas improvisé, mais un acte pensé dans le souci de [les] protéger ».

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