Après la déflagration, des effets sanitaires à long terme ne sont pas à exclure à Beyrouth


Les rues de Beyrouth mercredi 5 août, au lendemain de l’explosion.

Plus de 130 morts déjà recensés et sans doute bien plus qui seront dégagés des décombres dans les prochains jours, des hôpitaux débordés par l’afflux de milliers de blessés : le bilan humain de l’explosion qui a frappé mardi 4 août la capitale libanaise est déjà considérable. Et n’exclut pas un impact sanitaire à long terme sur la population beyrouthine. « Ce genre de catastrophe laisse sur une ville et ses habitants des cicatrices profondes, affirme le médecin et épidémiologiste Thierry Lang, professeur à l’université Toulouse-III, qui a coordonné le suivi des conséquences sanitaires de l’explosion d’AZF sur l’agglomération toulousaine. On en distingue les effets pendant plusieurs années. »

Les effets à long terme de ce type d’événements – très forte explosion en milieu urbain, pulvérisation du bâti, importante dispersion de poussières et de résidus de combustion, etc. – ont été étudiés après l’accident toulousain du 21 septembre 2001, qui impliquait aussi du nitrate d’ammonium, mais aussi, et surtout, après l’attaque du World Trade Center et l’effondrement des tours jumelles, survenus dix jours plus tôt à New York. Dépressions, troubles de l’audition, incidences accrues des maladies cardio-vasculaires et de certains cancers : le spectre des pathologies potentiellement favorisées par un tel événement, ponctuel mais de grande magnitude, est surprenant.

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« A Toulouse, ce que nous avons vu, c’est d’abord un impact majeur sur la santé mentale, en particulier sur les populations les plus fragiles et sur les enfants, décrit Thierry Lang. Avec le temps, les effets du stress post-traumatique se sont estompés mais on a ensuite vu une augmentation du nombre de dépressions. Ces effets, comme la forte augmentation de consommation de psychotropes, étaient plus marqués à mesure qu’on se rapprochait du site de l’explosion, mais ont, en définitive, concerné l’ensemble de l’agglomération. » Dans les trois années qui ont suivi l’explosion de l’usine AZF, une augmentation des maladies cardio-vasculaires et des troubles de l’audition a également été notée.

Le matériel avant la santé

Entre Toulouse et Beyrouth, les contextes et les populations sont très différents, tempère l’épidémiologiste français, entre une ville célébrée pour sa douceur de vivre et une autre dont l’histoire récente est marquée par la guerre.

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En revanche, même dans un pays prospère comme la France, « on voit qu’après une catastrophe comme celle d’AZF les gens ont tendance à faire passer les questions sanitaires après les autres problèmes matériels qui surviennent, et à délaisser leur santé ». Un effet délétère qui sera probablement plus aigu encore au Liban. Dans un contexte de faillite de l’Etat et de naufrage économique, les impacts sanitaires à long terme de la catastrophe y seront également liés au maintien de certains services garantissant l’hygiène publique, « en particulier le risque infectieux », précise M. Lang.

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