Ali Erbas, au centre de la chorégraphie politico-religieuse qui se joue à Sainte-Sophie


Le chef religieux turc, Ali Erbas, à Istambul, Turquie, le 22 juillet.

Quand le chef religieux turc, Ali Erbas, conduit la prière à Sainte-Sophie, il monte au minbar (estrade) en tenant un sabre à la main. Pas n’importe quel sabre, un yatagan ouvragé dont la lame est gravée d’un verset du Coran.

C’est ainsi que les fidèles l’ont vu, vendredi 24 juillet, jour de la reconversion de la « Grande Eglise » d’Istanbul (Turquie) en mosquée, et aussi vendredi 31 juillet, lors de la prière de l’Aïd el-Adha, la fête du sacrifice, prononcée pour la première fois sous l’imposante coupole de l’édifice du VIsiècle.

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L’homme ne badine pas avec la tradition. « Pendant 481 ans, les sermons du vendredi ont toujours été prononcés le sabre à la main. Si Allah le veut, nous renouons avec cette tradition, le symbole de la conquête », a-t-il justifié.

Avec son turban blanc, son caftan clair brodé, son sabre ouvragé, ses sermons enflammés, Ali Erbas est le personnage central de la chorégraphie politico-religieuse qui se joue à la mosquée Sainte-Sophie chaque vendredi. Rien d’anormal puisque l’ancienne basilique vient de lui être confiée.

Après avoir servi d’église pendant 916 ans, de mosquée pendant près de 600 ans, de musée pendant 86 ans, Sainte-Sophie est redevenue mosquée le 10 juillet sur décret du président Recep Tayyip Erdogan. Elle ne dépend plus du ministère de tourisme et la culture mais de la Direction aux affaires religieuses (Diyanet), dirigée depuis 2017 par Ali Erbas.

Façonner « une génération pieuse »

Le théologien de 59 ans, francophone et arabophone, a des projets ambitieux pour sa nouvelle protégée. « Nous allons tenter de restaurer la madrasa (école religieuse) Hagia Sophia (Sainte-Sophie) pour qu’elle fonctionne comme elle l’a fait pendant ses années fastueuses avec des leçons de Coran données partout. » Les mosquées « sont des écoles », où Ali Erbas souhaite « éduquer les jeunes et les enfants ». Un projet qui s’inscrit dans la droite ligne du président Erdogan, déterminé à façonner « une génération pieuse ».

Prière à la mosquée Hagia Sophia le 31 juillet à Istambul, Turquie.

Créée en 1924 afin de contrôler la religion musulmane, la direction des affaires religieuses, est devenue au fil des ans, un véritable instrument de réislamisation de la société turque. Placée sous les ordres de la présidence, elle gère 84 684 mosquées en Turquie, rémunère les imams, les théologiens, les muezzins, les prédicateurs. Les 2 000 mosquées chargées de faire rayonner l’islam turc à l’étranger sont sous son contrôle.

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