« Accaparée par l’Asie, l’équipe de Biden n’aura ni le temps ni les moyens de gérer les conflits aux portes de l’Europe »


Joe Biden, alors candidat démocrate à la  présidentielle américaine, à Gettysburg (Pennsylvanie) le 6 octobre.

La dernière visite de Joe Biden en Europe remonte à février 2019. A la Conférence de Munich sur la sécurité, le vice-président américain, Mike Pence, chapitrait, dans un silence glacial, un parterre de responsables européens auxquels il enjoignait de se retirer, comme les Etats-Unis, de l’accord sur le nucléaire iranien. Montant à la tribune après lui, Joe Biden se voulut rassurant. Vous verrez, promit l’ancien vice-président démocrate, « ça aussi, ça passera. Nous reviendrons ! »

Les Européens ne lui prêtèrent qu’une oreille distraite. Son discours lénifiant leur rappelait trop un passé révolu, eux que l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche avait plongés dans un véritable cauchemar stratégique. D’abord passés par diverses phases d’incrédulité, ils avaient fini par intégrer la nouvelle réalité transatlantique : l’Amérique les avait lâchés et ne s’intéressait plus guère, en Europe, qu’à quelques gouvernements populistes.

Joe Biden, pourtant, a tenu promesse : il est de retour. Le 20 janvier, lorsqu’il s’installera dans le bureau Ovale, il sera le président américain le plus expérimenté en relations internationales depuis George Bush, père. Mieux : vue d’Europe, l’équipe de politique étrangère dont il a annoncé la composition, lundi 23 novembre, a tout de la « dream team ». Tony Blinken, qu’il a choisi pour diriger la diplomatie américaine, a grandi à Paris et est un familier du Vieux Continent. Fidèle parmi les fidèles de Joe Biden, il sera un interlocuteur sûr – pas de friture sur la ligne en perspective. Le reste de l’équipe, compétente et diverse, fleure bon le retour de l’establishment centriste.

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Sentiment de fragilité inhabituel

Miracle ? Ou mirage ? S’il existe encore quelques naïfs en Europe pour croire que cette image idyllique augure d’une relation transatlantique revenue à son point de départ, il faut les détromper d’urgence. Le dialogue intense qui se déploie depuis trois semaines entre experts européens et américains, par la grâce de Zoom, sur l’avenir des relations entre leurs gouvernements révèle deux choses : d’abord que cet avenir sera différent, et ensuite qu’il sera beaucoup plus intéressant.

Il sera différent parce que le monde a changé – et pas seulement depuis quatre ans. Les tendances lourdes qui ont précédé, et en partie expliqué, l’arrivée de Trump au pouvoir se sont accentuées : contre-mondialisation, affirmation de la Chine, puissance de la technologie, montée de l’autoritarisme… auxquelles il faut ajouter le poids écrasant des conséquences de la pandémie de Covid-19.

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