à Saint-Denis, la chute du Parti communiste


Déclaration de défaite de Laurent Russier et son équipe de campagne. L'ambiance est triste pour certains. Dehors, les gens crient le nom de M. Hanotin. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR «LE MONDE»

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Publié aujourd’hui à 12h06, mis à jour à 12h34

Ce fut triste comme un enterrement en temps de Covid-19 : en petit comité et sans cérémonie. Pour la première fois, il n’y eut pas de soirée électorale dans la salle du premier étage de l’hôtel de ville de Saint-Denis, dimanche 28 juin, au soir du second tour des élections municipales. Protocole sanitaire oblige. La pièce, trop grande et décorée de fresques illustrant le calendrier révolutionnaire, n’en était que plus lugubre. Le 9 Messidor An CCXXVIII, un peu après 22 heures, Laurent Russier, 47 ans, s’est avancé comme un condamné sur l’échafaud et a lu son communiqué d’une voix monocorde : le maire communiste y reconnaît sa large défaite face au socialiste Mathieu Hanotin (59,04 % des voix), tout en soulignant avec mauvaise grâce que son adversaire était « le maire le plus mal élu depuis quatre-vingts ans » à cause d’une abstention particulièrement élevée (67,48 %).

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Russier, visage poupin encadré de fines lunettes, poursuit son règlement de comptes en regrettant « la division de notre majorité », une allusion à la liste séparée des « insoumis » au premier tour, le 15 mars. Pour lui, ce cavalier seul reste la cause principale de son échec. Alors que le maire sortant annonce qu’il poursuivra le combat politique, ses colistiers affichent une mine défaite. Seul un député de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, est venu représenter les hautes instances du Parti communiste (PC). Patrick Braouezec, ancien député et maire, est parti sans attendre la proclamation des résultats. Une employée de la mairie est au bord des larmes : « Et encore, moi, ça ne fait que neuf ans que je travaille ici. Mais pour certains, c’est toute leur vie le parti, c’est la famille. » « Le » parti, car il n’y en a longtemps eu qu’un seul à Saint-Denis. L’hôtel de ville était sa cathédrale, dressée face à la basilique où sont inhumés les rois de France.

Patrick Braouezec, président de Plaine commune.

Il appartenait donc à Laurent Russier, né un 1er mai, d’enterrer le PCF à Saint-Denis. La ville est l’une des dernières où il a régné de manière ininterrompue depuis 1944. De la Libération à aujourd’hui, seuls cinq maires se sont succédé : le premier, le carrossier Auguste Gillot, est resté vingt-sept ans au pouvoir ; son successeur, Marcelin Berthelot, a régné deux décennies (1971-1991), avant de mettre sur orbite Patrick Braouezec, qui a transmis le témoin à Didier Paillard en cours de mandat, en 2004. En 2016, en cours de mandat aussi, ce dernier a démissionné au profit de Laurent Russier. En fait, cette histoire d’une longévité exceptionnelle a débuté en 1920, lorsque le maire SFIO, Gaston Philippe, choisit le PCF après le congrès de Tours. N’étaient l’intermède de 1934 à 1937 où Jacques Doriot, dissident du PCF, devient fasciste, et la période de l’Occupation, c’est un siècle de leadership communiste qui vient de s’achever à Saint-Denis. Les mauvaises nouvelles ne venant jamais seules, Aubervilliers, un autre fief de la « ceinture rouge », est passé à droite le même soir.

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