à Perpignan, la résignation d’une ville passée à l’extrême droite


Faible affluence devant la permanence de Louis Aliot, à Perpignan, le 28 juin.

Il faut gratter sous le vernis du quotidien pour deviner les gueules de bois du lundi matin. A Perpignan, le début de semaine semble amorti, sans que l’on sache si cela tient des masques témoignant encore de la présence du coronavirus en France, du début des vacances d’été ou de la victoire de l’extrême droite au second tour des élections municipales, la veille. A moins qu’il ne s’agisse juste de la moiteur d’orage.

Quelques cars télévisés et une caméra errant devant l’hôtel de ville viennent rappeler l’actualité. Les affiches électorales sont intactes, les rares manifestants antifascistes du dimanche soir rentrés depuis bien longtemps. Sur une chaîne en continu tournant en boucle à la réception d’un hôtel, le visage du futur maire apparaît souriant sur grand écran. Louis Aliot vient de remporter la ville de plus de 120 000 habitants, offrant un trophée de taille au Rassemblement national dans les Pyrénées-Orientales.

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Difficile de deviner l’avis du réceptionniste caché sous son masque. Il suffit de demander. Lui vient de Pia, la commune mitoyenne où le candidat du RN a également fait basculer la ville à l’extrême droite la veille, sans brandir son étiquette lepéniste. Comme Louis Aliot à Perpignan. La voix du réceptionniste ne trahit ni enthousiasme ni colère. « Franchement, faut essayer. »

Haussements d’épaules

Dans la cité catalane, les haussements d’épaules répondent à l’évocation de la victoire de Louis Aliot, en ce lundi 29 juin. Ici, un boulanger raconte ses amis biterrois, qui ont réélu Robert Ménard à plus de 68 %. Là, un serveur n’a « pas d’avis ». Pas voté, d’ailleurs. Quelques griffes résistantes tentent de réveiller discrètement l’apathie générale. Comme ce tag « Aliot le facho » dans le quartier Saint-Jacques ou cette affiche « peurpignan » placardée dans une ruelle déserte du centre-ville.

Plus frontale, une espadrille marche sur une croix gammée sur une autre, à l’entrée d’une librairie qui fait presque face à la permanence de Louis Aliot. Derrière le comptoir, Roger Coste porte un brassard noir au bras gauche sur une chemise bleu marine. Officiellement « en deuil » mais « pas trop voyant quand même. » Son sentiment, il l’exprime surtout dans les livres, la vitrine, le comptoir où « Matin Brun » de Pavloff côtoie un essai intitulé « Etes-vous fous ? ». « Si ma mère voyait ça… » désespère Roger Coste dans cette librairie créée « en 1945 par le conseil de la résistance ». « Quand je pense qu’il y a même des anciens du Parti socialiste maintenant dans l’équipe du FN. » La faute selon lui à « l’abandon » d’une ville enkystée dans la pauvreté (32 % de taux de pauvreté, le double de ménages non imposés) avec un chômage élevé (25,4 %).

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