A La Réunion, le scandale des « pensions marron », qui accueillent des personnes dépendantes sans autorisation


Dans la pension Naze, le 5 mai à Saint-Denis de la Réunion.

« Un jour, il nous a confié qu’il préférait aller en prison plutôt qu’être là. Il nous a même parlé de suicide. Il nous disait que c’était sale, qu’il ne faisait jamais rien. Il n’en pouvait plus de rester là-bas. » Un mois et demi après la chute mortelle de son père, Kenssi (prénom d’emprunt), une habitante du Port (La Réunion) de 27 ans, a déposé plainte pour, dit-elle avec une colère contenue, « savoir ce qui s’est passé ».

Le 4 juin, Gilles Mercier, 57 ans, a glissé dans les escaliers de la structure d’hébergement social située à Saint-François, sur les hauteurs de Saint-Denis de La Réunion. Une maison sur trois niveaux, installée sur un terrain en pente, constituée de pièces ajoutées les unes aux autres, baptisée « pension Naze ».

Depuis sept ans, cet ancien militaire handicapé à près de 80 % et affaibli par un grave accident était hébergé dans cette structure non officielle dite « pension marron ». A La Réunion, il existe plus d’une cinquantaine d’établissements comme celui-ci. Souvent familiaux, ils accueillent sans autorisation des personnes âgées ou handicapées. Certaines ont perdu leur autonomie, d’autres sont sans domicile fixe. Ne disposant que de revenus très modestes, le plus souvent le RSA ou l’allocation adulte handicapé (AAH), ces résidents n’ont pas d’autre solution de logement, en raison des tarifs et du manque de place dans les Ehpad de l’île.

Fermeture en urgence

A La Réunion, la mort de ce quinquagénaire a provoqué un scandale et levé le voile sur le fonctionnement toléré des « pensions marron » et le silence des autorités. Trois semaines avant ce drame, Le Journal de l’île de La Réunion avait révélé les conditions indignes dans lesquelles 53 personnes étaient prises en charge dans la pension Naze : promiscuité, problèmes d’hygiène, sous-encadrement, inactivité des résidents, manque de sécurité, locaux inadaptés à l’accueil de personnes âgées ou dépendantes, odeurs d’urine, chambres très vétustes et parfois sans fenêtres.

Pourtant, plusieurs signalements et courriers anonymes avaient alerté les autorités locales. Une visite de contrôle avait été effectuée en 2015 par l’agence régionale de santé (ARS). Surtout, cette structure a continué à accueillir des résidents malgré un « avis défavorable à la poursuite de ses activités » signé en 2018 par la commission de sécurité, en raison des risques d’incendie et d’électrocution. La mairie de Saint-Denis n’avait pas pris à l’époque d’arrêté de fermeture.

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